Autres sources d'archives = Terriers

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Modérateurs : chcausse, Patrick

demande au CGA
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Autres sources d'archives = Terriers

Message : # 2202Message demande au CGA
08 août 2019, 10:44

Bonjour

Dans ses réponses aux sujets : St-Amans de Latour Joseph DELPON x Suzanne COMBAL plus Jean DELPON x Marguerite BONAMIQUE, Elisabeth m'a répondu en ces termes : "Il faut consulter tous les documents encore conservés (les notaires, les terriers, etc.) pour voir depuis quand cette famille était présente dans ce lieu."

Où puis-je consulter " les terriers" ? Je ne connais pas cette recherche. Pourriez-vous m'en dire plus ?

Merci de votre soutien,

Cordialement

Monique Pons CGSA 2456

elisabeth
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Re: Autres sources d'archives = Terriers

Message : # 2203Message elisabeth
08 août 2019, 15:20

Bonjour

J'aurais certainement dû écrire plus précisément : (les notaires, les cadastres, les terriers, etc.). Je vais essayer de répondre à votre question en simplifiant à l'extrême le sujet. ;)

Le cadastre actuel est issu du cadastre dit Napoléonien (voir précédent sujet sur "Recherche sur l'origine d'une propriété (1) le Cadastre" : http://www.genealogie-aveyron.fr/phpBB/ ... f=1&t=1428.

Ce cadastre Napoléonien avait été précédé, donc avant la Révolution, par les compoix et les terriers.

Les compoix (terme du sud, appelés aussi cadastres) étaient établis pour chaque communauté. Ils servaient également à établir l'impôt foncier de l'époque : la taille due au roi basée sur les terres non nobles.

En plus de la taille royale, les roturiers avaient à leur charge de multiples droits seigneuriaux, dont les redevances attachées aux terres dont ils avaient la charge, dues au seigneur ou aux seigneurs qui en avaient la réelle possession.

Au départ de ce que l’on appelle parfois à tort leur « propriété », mais que l’on devrait plutôt nommer plus justement leur « tenure », se trouve le plus souvent un bail à cens concédé par le seigneur de la terre, contre une redevance périodique soit en nature, soit en argent.

Régulièrement, les tenanciers et leurs successeurs devaient renouveler leur allégeance au seigneur en réalisant une « reconnaissance » des terres concédées.

Pour faciliter la gestion de ses possessions, le seigneur réunissait ces actes dans ce que l’on a appelé des livres terriers.

Certains de ces registres sont parvenus jusqu’à nous, et sont conservés, soit dans les différents dépôts d’archives publiques où ils peuvent être consultés, soit dans des archives privées où ils sont à la discrétion de leur propriétaire. C’est cela que l’on appelle couramment des "terriers".

Parfois les actes détenus dans ces registres font référence à un acte plus ancien concernant la tenure en question et donnent l'année et/ou le nom des "prédécesseurs". :!:

Ces terriers sont très utiles, comme d'ailleurs les compoix et les cadastres, pour connaître le nom des personnes habitant un certain lieu à une époque donnée :) , même s'ils ne fournissent pas systématiquement des filiations :cry:. Parfois le nom du père, une épouse ou une veuve, des enfants peuvent être nommés.

Bonnes recherches :D

elisabeth
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Re: Autres sources d'archives = Terriers

Message : # 2206Message elisabeth
08 août 2019, 16:56

Je ne peux m'empêcher de me faire le plaisir d'illustrer mes propos en vous fournissant l'exemple d'un terrier. Il s'agit d'une copie de 1686 d'un TERRIER DE ST JEAN (DU BRUEL), ST MICHEL (DE ROUVIAC) ET ALGUES contenant des actes de reconnaissances de 1511 à 1522, conservée dans les archives de la SOCIETE DES LETTRES SCIENCES & ARTS DE L'AVEYRON sous la cote 3E203.

La photo d'illustration est celle du début de la reconnaissance du prieur de St-Michel de Rouviac présente au folio 3 de ce grand registre. Nous pouvons y relever le nom de différents prieurs de la paroisse de St-Michel de Rouviac et prieurs de la chapelle de Ste-Croix (chapelle castrale du château d’Algues).

Grâce à cet acte de 1511, recopié par un féodiste en 1686 à la demande du seigneur, nous pouvons établir une première "généalogie" de prieurs :!:

1511 Antoine Falguières
successeur de Antoine Guibert

1313 Guiral Benoist

1293 Pierre du Camp

... 29 Décembre 1511 ... scachent tous que Vénérable homme m(aîtr)e Antoine Falguières, prieur du prieuré de la vénérable église de St Michel de Robiac, et aussi prieur de la vénérable chapelle de Saincte Croix d'Algue, diocèse de Vabre, de gré (et) avec ce (et) ayant ouï, veu et regardé quelques certaines recog(naissan)ces pheudales faictes par les prédécesseurs au nom que dessus, aux prédécesseurs de magnific et puissant seigneur Brenguier de Roquefeuil, Blancafort, Castelnau, Vallum, de Poget, contour de Nant, de Combret, du Tournel, et de plusieurs autres diverses terres et dominations, tant par feu Pierre du Camp quand il vivait recteur ou prieur de la susdite église de St Michel et de la chapelle de Sainte Croix, avec instrum(en)t sur ce passé pris et receu par feu m(aîtr)e Pierre Cristoffle jadis notaire sur l'an mille deux cent nonante trois (1293) et le dix septième des kalendes de janvier, que aussi par feu m(aîtr)e Guiral Benoist aussi prieur et recteur des églises susdites comme apert par instrum(en)t sur ce passé, la mesme monstré et exhibé, pris et receu par m(aîtr)e Pierre de Févrières jadis n(otai)re sur l'an de l'incarnation du seigneur mille trois cent treize (1313) et la troisième kalende de décembre ...

Plus loin il est également cité dans le texte, au sujet du remplacement de « l’alberge de cinq soldats jadis accoustumées de payer » par la célébration de neufs messes, du « vénérable homme Me Antoine Guibbert son prédédesseur encore vivant ».

Je transmets aujourd'hui au CGA une liste des actes (nom des tenanciers faisant la reconnaissance) présents dans ce terrier, que j'avais relevée il y a quelques années. Vous l'aurez en consultation dans une des prochaines mises à jour de la base de données du CGA.

Bonne découverte :D
Pièces jointes
StéLSAAv 3E203 terrier Roquefeuil fo3.jpg
StéLSAAv 3E203 terrier Roquefeuil fo3.jpg (159.44 Kio) Consulté 670 fois

elisabeth
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Re: Autres sources d'archives = Terriers

Message : # 2208Message elisabeth
11 août 2019, 07:58

Bonjour

Je vous disais que "régulièrement, les tenanciers et leurs successeurs devaient renouveler leur allégeance au seigneur en réalisant une « reconnaissance » des terres concédées". J'ajoute un peu plus de précisions avec illustration tirée de la déclaration de Jean Fabre de St-Michel de Rouviac qui peut se trouver à partir du folio 15 verso du terrier, voir les photos jointes qui viennent compléter celle de la précédente réponse.

Dans chaque acte de reconnaissance, il y a d'abord quelques renseignements sur les acteurs de l'acte. D'une part sur le tenancier et/ou celui qui fait la reconnaissance pour lui, et parfois les tenanciers précédents et des détails sur les actes établis antérieurement pour la même tenure. D'autre part le seigneur avec souvent mention de ses prédécesseurs et de son procureur (celui qui le remplace pour signer l'acte en son absence).

Ensuite il y a la liste des éléments pour lesquels est réalisé ce renouvellement d'allégeance appelé reconnaissance, que l'on pourrait nommer plus prosaïquement "renouvellement de location" : maisons, terres de toutes sortes, etc. Pour chaque "item" ou article sont décrits les biens avec leur nom, leur situation et leurs "confronts" est ouest nord sud donnés grâce à la citation précise du voisinage, pour les terres est indiqué le type de tenure (dans notre exemple "quintive" donc soumise à une redevance au profit du seigneur du 5ème "des fruits" c'est à dire de leur production) et leur contenance.

Ensuite était noté bien sûr les redevances dues, en argent et/ou en nature, et l'ensemble des droits seigneuriaux auxquels était assujetti le tenancier, comme « l’alberge de cinq soldats » dont j'ai parlé dernièrement. Elle consistait en une obligation d'héberger et de nourrir içi cinq soldats du seigneur. Nous pourrons reparler de tous ces différents droits dans un prochain sujet.

Les actes d'origine étaient conservés non seulement par le seigneur et mais aussi par le titulaire du bail dont souvent le successeur arrivait à produire "l'instrument" ancien qui avait été précieusement conservé comme garantie de ses droits et devoirs. Le renouvellement était réalisé à l'identique, parfois au cours des ans une modification pouvait être apportée qui était reprise soigneusement (comme le remplacement de l'alberge des soldats par la célébration de messes pour notre prieur de St-Michel).

Mais ces anciens actes s'abîmaient. Donc le seigneur pouvait procéder à une copie pour éviter de manipuler excessivement les originaux. Il utilisait les services de notaires que l'on appelait "féodistes" et en profitait pour faire mettre à jour et aussi contrôler plus précisément les "encaissements". C'est ce qui s'est passé dans notre cas pour le seigneur de Roquefeuil en 1686. Il réalise içi une belle reproduction avec une écriture plus moderne. Ces reproductions nous permettent de conserver jusqu'à nos jours le contenu presque exact de ces actes anciens dont les originaux sont souvent difficiles à trouver ou à lire, sinon disparus. Dans notre cas, je connais aux archives départementales de l'Aveyron un registre de 71 feuillets en parchemin qui semble bien correspondre aux originaux du terrier de 1511 copié en 1686 (cote 1E493).

Les particuliers pouvaient aussi faire copier leurs actes anciens. Souvent c'était pour une raison précise : original trop abîmé, copie nécessaire pour un procès.

Bonnes recherches :)
Pièces jointes
Fabre Jean St-Michel fo16.jpg
Fabre Jean St-Michel fo16.jpg (135.86 Kio) Consulté 650 fois

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