ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Ce forum doit vous permettre d'échanger, de poser des questions en rapport avec vos recherches en généalogie

Modérateurs : chcausse, Patrick

Répondre
elisabeth
Messages : 169
Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3400Message elisabeth »

Bonjour à tous. Lorsque j’ai commencé à rechercher mes ancêtres, j’ai constaté avec regret que les actes de décès de l’état civil n’indiquaient jamais les raisons de la mort. :(

Nous l’avons bien constaté ensemble dans notre discussion sur les loups, voir sur le forum : http://www.genealogie-aveyron.fr/phpBB/ ... f=1&t=1433

Dans les registres paroissiaux c’est un peu plus nuancé : en fait cela dépendait du curé qui officiait. Si la raison du décès sortait de l’ordinaire que ce soit par le moyen (chute, noyade, etc.) ou par le le type de maladie, il arrivait que certains signalent ce fait. Ces mentions font le bonheur des lecteurs. Le curé de la Roque-Sainte-Marguerite est célèbre pour cette raison, mais il y en avait bien d’autres.

Je ne peux m’empêcher de vous donner un exemple atypique où ses informations vont nous permettre de faire également ce que l'on pourrait appeler de l' « archéologie généalogique » :D :

S 02/05/1729 à la Roque Ste-Marguerite (2E120-1 int 20/23) « Sép(ulture) de Jean ANDRE munier du moulin de Corp psse St André de Vezines, duquel les prédécesseurs ont toujours été enterrés au cimetière de celle de la Roque Ste Marguerite depuis plus de 320 ans, mourut hier deuxième may 1729 aagé d’environ 84 ans après avoir receu les sacrements, sans autre maladie que la vieillesse et a été inhumé ce matin troisième dudit mois et an par nous … »

L’année 1729 moins 320 ans cela donne l’an 1409. L’acte le plus ancien conservé dans les archives du moulin de Corp (AC Millau) est un « nouvel acapte » du 15 mai 1406 et sa ratification du mai 1408 par Guillaume André autre Guillaume père et fils.

Corp étant de la paroisse de St-André, leurs habitants auraient dû logiquement être enterrés au cimetière de St-André. Mais la plupart des actes paroissiaux des habitants de Corp étaient réalisés à la Roque d'où d'ailleurs la famille André, nous le savons par l'acte de 1406, était originaire. Notre curé avait dû au moins connaître ces actes, ou bien avoir d’autres informations qui ne sont pas parvenues jusques à nous ; grâce à lui nous pourrions émettre l’hypothèse que Guillaume André premier meunier de Corp est décédé en 1409 !

D’autres par contre d’autres sont désespérément muets.

Sur l’état-civil, même des décès atypiques ne sont pas signalés. Preuve en est donnée également par les décès de Casimir Mandagot mort le 14 août 1868 « sur le chemin d’Azinières à Roquecanude » et de sa fille Nathalie morte le 22 octobre suivant. Aucune autre information sur les décès n'est indiquée dans ces actes (état-civil de la commune de Saint-Beauzély).

Mais je connais les raisons de leur mort, par suite de blessures par arme à feu, à cause de l’un de mes amis, JLB, qui depuis très longtemps me demande d’essayer de lui apporter plus de renseignements sur la vie et la mort d’un membre de sa famille, Hyppolite Boyer, tristement célèbre pour avoir commis ces deux meurtres dans un moment de grand égarement. Je ne reviendrais pas sur les détails de cette histoire, qui a été évoquée trois fois par notre ami Marc Parguel, d’abord dans le journal de Millau du 13 mai 2010 et du 26 mars 2015, puis en 2019 sur le blog « Millavois.com » : https://www.millavois.com/2019/08/10/az ... -jalousie/

Mais je n’ai pas ouvert cette discussion pour ne vous dire que cela. En fait je voulait vous faire part de sa demande. Mes idées se sont égarées sur d’autres chemins ! Revenons-y : Hyppolite Boyer a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, essayons de voir si on peut en savoir plus.

:D Cherchons donc

elisabeth
Messages : 169
Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3401Message elisabeth »

Bonsoir.

Notre condamné aux travaux forcés à perpétuité s’appelle Jean Pierre Hyppolite Boyer. Il est né le 5 mai 1845 à Saint-Beauzély.

Les archives Nationales d’Outre Mer (ANOM) sont situées à Aix-en-Provence, centre créé en 1987. Elles conservent et rassemblent les documents issus des anciens territoires français en dehors de la métropole, que ce soit du ministère ou des administrations coloniales.

ANOM possèdent un site internet très riche avec beaucoup d’archives numérisées ou en cours de numérisation : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/anom/fr/

Leur Instrument de Recherche En Ligne mis à notre disposition a été nommé tout simplement IREL.

Un petit tour sur le site nous apprend que les « dossiers individuels des condamnés aux bagnes » ont été indexés. Une recherche par critère est disponible. En rentrant « Boyer Jean Pierre Hyppolite » … rien. Je raccourcie ma demande « Boyer Jean Pierre ». Là j’obtiens quatre réponses dont un « Boyer Jean Pierre Hypolite » condamné en 1868. C’est bien notre homme ! Avec le système informatique il y a toujours ces problèmes d’orthographe !!!

Notre homme est bien présent sur la base de données établie par ANOM et il existe donc à Aix-en-Provence un dossier individuel qui lui est consacré, comprenant généralement l’extrait de jugement plus des documents annexes (« mention de punitions ou d'actes de probité, procès-verbaux d'infractions, d'évasion ou de décès, correspondance »). Un examen de ce dossier nous apporterait peut-être des éléments.

Jean Pierre Hypolite Boyer a été envoyé en Nouvelle-Calédonie.

Un petit tour sur Wikipédia me permet de rafraîchir ma mémoire. Découverte par Cook en 1774, la Nouvelle-Calédonie est déclarée colonie française en 1853 sous l’impulsion de Napoléon III qui veut entre autre y créer une colonie pénitentiaire. Un premier centre pénitentiaire agricole est ouvert à Bourail dès 1867, à 160 km au nord-ouest de Nouméa. A partir de mars 1871 un second centre est créé plus au Sud, près du village indigène d’Uaraï, où coule la rivière Moindou qui va donner son nom à la commune actuelle.

Voici les références de son dossier, obtenues sur ANOM :
ANOM BOYER JPH dossier_bagne_14417.jpg
ANOM BOYER JPH dossier_bagne_14417.jpg (87.64 Kio) Vu 497 fois
Mais en attendant une possible consultation de ce dossier, que pourrions-nous apprendre de plus ?

Une annonce présente sur le site nous avait indiqué une nouveauté dans les documents numérisés mis à disposition : le registre des matricules est désormais accessible. Ce registre qui « récapitule les informations essentielles sur les condamnés, est un document complémentaire au dossier individuel ».

Chance, pour notre condamné le registre matricule existe ! C’est un document de trois pages. Vous pouvez le retrouver sur le lien : http://anom.archivesnationales.culture. ... C3%A9donie

Voici quelques renseignements relevés. Il s’agit d’un registre matricule du bagne de Toulon. D’abord sur la première page :

« Condamné à Rodez le 16 décembre 1868 par la cour d’assises de l’Aveyron pour avoir en 1868 commis un assassinat (circonstances atténuantes) à la peine des travaux forcés à perpétuité, sans pourvoi. »

« Arrivé au bagne le 5 février 1869. »

« Détaché de la chaîne le 21 janvier 1871 et embarqué pour la Nouvelle Calédonie sur la frégate la Sibylle partie le 28 dudit »


La troisième page nous réserve une surprise. J’ai eu du mal à comprendre ce qui était écrit et notre ami Thierry m’a aidé. Voici ce nous avons lu :

« Proposé en 1876 pour une commutation de peine »

« Evadé du poste d'Uarai, dans la nuit du 15 au 16 février 79, en enlevant une embarcation. »


Nous avons bien avancé aujourd’hui !

Nous pouvons dire aujourd’hui que notre gars Boyer est resté deux ans au bagne de Toulon, sans évènement particulier. Il a ensuite été envoyé dans une colonie agricole pénitentiaire de Nouvelle Calédonie, sur le site nouvellement créé d’Uaraï / Moindou. Le voyage en bateau durait près de 5 mois à l’époque. Parti fin janvier, il a dû arriver en juillet 1871. Cinq ans plus tard en 1876, il est proposé pour une « commutation de peine ». A-t-il obtenu un allégement de sa peine ou bien s’agissait-il d’un simple relâchement de son enfermement ? Dans tous les cas, deux ans après, en février 1879 il décide de s’évader en volant une embarcation.

:?: Où est-il allé ? Quel était donc son projet ? A-t-il décidé de remonter la rivière et de tenter sa chance auprès des indigènes ? Que lui est-il donc arrivé ?

La recherche est ouverte. :D

elisabeth
Messages : 169
Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3402Message elisabeth »

Bonsoir

Je n’ai pas envie d’attendre :? . Mon ami JLB me demande si je ne peux pas trouver son décès. Il est vrai qu’ANOM nous présente également des registres d’état civil. Il ne devait pas y avoir grand monde à l’époque là-bas ;) . Et si j’essayais de chercher ?

Je retourne sur Wikipédia pour en savoir plus. Nous avons vu que le centre militaire et pénitentiaire avait été installé au dessus d’Uaraï, dans le fort Teremba. Très vite une « ville » appelée Moindou va être créée à côté, avec un centre agricole créé en 1873 et ouvert aux colons libres. Devant le peu de succès rencontré auprès des colons, très vite l’administration installe à leur côté des « condamnés méritants », et des déportés de « la commune de Paris» à la fin de 1873. Moindou sera le premier essai de colonisation mixte (libre et pénitentiaire). Mais malgré des projets ambitieux (usine de sucre avec plantation de canne), la colonisation ne prend pas : les défrichements prévus ne sont pas faits et la population se contente de vivre aux crochets de la caisse d’immigration. En 1878, un bureau d’état civil ouvre à Moindou.

Sur ce, de juin 1878 à janvier 1879, se produit ce qui sera appelé « la grande révolte kanak ». La spoliation des terres indigènes et les réquisitions abusives sont en grande partie la cause de ce soulèvement. Le fort de Téremba avec 80 militaires se trouve au cœur du conflit fin août 1878 mais résiste aux près de 500 insurgés. Après la décapitation du chef Ataï par d’autres kanaks passés dans le camp adverse, la révolte s’effrite. Mais la « guérilla » est terrible (incendie de village, de cultures, mise en place de primes pour des oreilles ou des têtes coupées :shock: ). En juin 1879 l’état de siège est définitivement levé.

Dès 1879 des lois d’amnistie sont instaurées pour une partie des bagnards qui doivent néanmoins rester sur le territoire.

Déception … les registres d’Uaraï commencent en 1871 (comme l’arrivée de notre Boyer) mais se terminent en 1879. Peut-être disparition au profit des registres de Moindou qui commencent bien en 1878 jusqu’en 1907.

J’entame les recherches. En effet, les registres sont plutôt minces. Pas de Jean Pierre Hypolite Boyer à l’horizon … :(

Mais sur le dernier registre d’Uaraï, je trouve l’acte de décès d’un inconnu. Cela pourrait-il être lui ?
http://anom.archivesnationales.culture. ... annee=1879

Décès 20 juillet 1879 à Uarai (Nlle-Calédonie) à 8h du matin par devant nous Sezequel Joseph commis de la marine officier d’état-civil de l’arrondissement d’Uarai ont comparu Guinet Auguste âgé de 43 ans surveillant chef de première classe et Combet Claude surveillant militaire de deuxième classe 41 ans tous deux domicilié à Téremba arrondissement d’Uaraï lesquels nous ont déclaré que ce matin à 7 heures est décédé un homme inconnu paraissant âgé d’environ 35 ans taille d’un mètre soixante neuf centimètres. Il n’a été trouvé dans son pantalon en droguet et ses deux tricols de coton qu’il avait sur lui aucun papier de nature à faire connaître son nom. Nous officier de l’état civil après nous être assuré du décès en avons dressé le présent acte dont nous avons donné lecture aux déclarants et nous avons signé avec eux

Je reprends les informations du registre matricule, notre Jean Pierre Hypolite Boyer fait 1 m 69 et il est dans sa 35ème année … même taille … même âge …

Mais ce sont des surveillants du fort Téremba qui l’ont déclaré à l'état civil ! Et on voit sur le registre matricule qu’il avait des signes distinctifs dont des « traces de vaccin » et un tatouage « sur le bras droit d’insigne de maçon ». Pourquoi ne l’auraient-ils pas reconnu ? Difficile à comprendre.

Si c’est bien lui, il serait donc mort 5 mois après son évasion. Il n’aurait donc pas su trouver d’aide auprès des kanaks. Il est vrai que la période n’était pas propice à l’instauration de relations amicales …

Pourquoi a-t-il donc tenté de s’enfuir en février 1879 ? Il avait peut-être eu un allégement de ses conditions de détention en 1876 et il venait de sortir vivant cette période dangereuse de la révolte kanak … Difficile à comprendre.

La consultation de son dossier pénitentiaire nous en apprendra certainement plus. Je crois qu’il nous faut attendre la fin du confinement. :?

A bientôt

demande au CGA
Messages : 98
Enregistré le : 09 juil. 2015, 14:09

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3403Message demande au CGA »

Notre amie Rosemary Calazel du groupe Facebook nous a transmis la réponse de l'un de ses amis spécialisé dans les recherches ANOM et les naufrages : Bonjour Rosemary,

Ci-après, mon modeste avis sur quelques points …

"Hyppolite Boyer a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, essayons de voir si on peut en savoir plus" : voir peut-être archives judiciaires et journaux de l’époque.

"Avec le système informatique il y a toujours ces problèmes d’orthographe !!!" : Éternel problème … De plus on trouve ce prénom (comme d’autres) avec plusieurs orthographes : Hyppolite / Hypolite / Hippolyte / Hipolyte … même dans les différents actes d’une même personne.

"Où est-il allé ? Quel était donc son projet ? A-t-il décidé de remonter la rivière et de tenter sa chance auprès des indigènes ? Que lui est-il donc arrivé ?" :

- Peut-être a-t-il été tué par les Kanaks (situation tendue suite insurrection des autochtones de 1878, suivie de déportations, expropriations, etc …),

- Peut-être a-t-il débarqué dans une autre commune, en changeant ou non de patronyme,

- Peut-être s’est-il noyé en mer et grignoté par les requins,

- Difficile de répondre tant que l’on a pas trouvé son acte de décès, ou un jugement de décès en Nouvelle Calédonie (ou ailleurs !), ou la transcription de cet acte ou jugement dans les registres de sa commune de naissance.

- Des jugements sont en ligne aux A.N.O.M. Archives Nationales d’Outre-Mer – Nouvelle Calédonie – Jugements
http://anom.archivesnationales.culture. ... &x=44&y=14

Bon courage pour la suite,
Amicalement, Gérard Faure

demande au CGA
Messages : 98
Enregistré le : 09 juil. 2015, 14:09

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3404Message demande au CGA »

.

Rien dans les jugements en ligne de Uaraï, Moindou et Nouméa ...

A mon avis, priorité à la recherche du jugement de décès dans la commune de naissance.

Autre possibilité: tables de successions et absences, car pour que la succession soit libérée, il doit y avoir acte ou jugement de décès.

J'espère que ça fait avancer les recherches.

Amitiés,
Gérard

elisabeth
Messages : 169
Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3405Message elisabeth »

.

Merci à Gérard, et aussi à Rosemary :)

Je vous tiendrais au courant si nous trouvons quelque chose de plus ! Mon ami JLB va être déjà bien satisfait de tous ces renseignements.

patric-boier
Messages : 4
Enregistré le : 28 mai 2018, 22:32

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3406Message patric-boier »

C'est une affaire que je suis aussi avec intérêt, puisque ce Jean-Pierre "Hypolite" Boyer était, selon toute vraisemblance, un cousin issu de germain de mon arrière-grand-père paternel, Germain Boyer (1847-1904). Ils descendaient l'un et l'autre de Jean Antoine Boyer, d'Azinières, et de Magdeleine Balard (? -1826), mariés à Estalane le 25 février 1767. Mon bisaïeul descendait de Jean-Antoine Boyer (1769-1837), fils aîné du couple Boyer-Balard, dont est issue la branche aînée des Boyer, cultivateurs à Azinières. Et Jean Pierre Hypolite Boyer descendait probablement, quant à lui, du fils le plus jeune de ce même couple, François Boyer (1780-1840). Je dis probablement car, n'ayant pu trouver trace de son mariage avec Françoise Gayraud ( ?- †Azinières, 17/12/1862), je n’ai pas la preuve que le François Boyer décédé à Azinières le 12 octobre 1840 à un âge évalué à 61 ans soit bien le François Boyer qui y naquit le 24 mars 1780 et qui aurait donc bien été dans sa 61ème année en octobre 1840. Disons qu’il y a une très forte présomption pour qu’il s’agisse du même. Quant à son épouse, je n’ai pas trouvé de quelle famille ni de quel lieu elle est issue. De ce mariage Boyer-Gayraud, sont nés à Azinières quatre enfants :
- François Boyer, maçon, né et mort à Azinières (24/03/1817 - 12/12/1894), marié à Saint-Beauzély le 29 septembre 1839 avec Catherine Masson (21/04/1819 - 27/09/1901) : de leur mariage, sont nés huit enfants (dont deux morts en bas âge) entre 1840 et 1860 : Jean-Pierre Hypolite est le troisième de la fratrie ;
- Deux autres garçons qui ne vécurent pas au-delà de leur deuxième année : Jean Etienne (02/01/1820 - 14/09/1821) et Alexandre (17/07/1823 - 16/09/1824) ;
- Rose Boyer, dont la naissance ne fut pas déclarée, mais fixée par acte de notoriété « en » novembre 1826, décédée le 15/08/1902, mariée à Saint-Beauzély le 13/01/1850 avec Joseph Pons (1826-1894), dont naquirent quatre enfants.

Il serait intéressant de savoir pourquoi Jean Pierre Hypolite Boyer a échappé à la peine capitale, quelles furent ces circonstances atténuantes qu'on lui trouva et qui n'étaient pas accordées à la légère ; et l'on envoyait à la guillotine pour moins que cela. D'autant, si j'en crois la relation que j'ai lue, qu'il avait emprunté la veille le fusil de chasse qui devait lui servir à abattre son ex-promise (elle n'est pas morte sur le coup, mais quelques semaines après) et le père de celle-ci ; il ne pouvait donc prétendre que le crime n'était pas prémédité. Il est étonnant de voir que, dans le village d'Azinières, personne n’ait tenté de l'arrêter, ni dans ses desseins, ni après le double homicide. On le laisse descendre à Millau où il ira se livrer à la justice. Qu'est-ce qui est vrai là-dedans? qu'est-ce qui est faux? L’apparente passivité du village est étonnante. En tout cas, cela n'empêche pas les frères et sœurs du jeune assassin de trouver à se marier dans les années qui suivent.
Le frère aîné s'était marié en 1867, l'année précédant le crime. Les autres frères et sœurs se marieront selon leur âge et leur condition en 1871, 1874, 1875 et 1876. C’est difficile à exprimer, mais le crime ne semble pas discréditer le reste de la famille dans l'opinion publique locale. Nous ne voyons aujourd’hui que l’horreur d’une tuerie, qui nous paraît froidement perpétrée. Les contemporains locaux, tout autant que les jurés d’assises, semblent avoir pris en considération d’autres éléments qui nous échappent.
Lucien Boyer, le plus jeune frère d'Hypolite, épouse ainsi en 1875 à Saint-Beauzély Constance Boyer, d'une autre famille Boyer installée aux Gardies depuis quatre générations, ses ancêtres à elle venant de Saint-Rome-de-Cernon. Les Boyer d'Azinières n'avaient jusque-là pas contracté d’alliance avec ceux des Gardies ; ils étaient établis à Azinières depuis bien plus longtemps (dès la première moitié du XVIIème siècle, par scission avec les Boyer de La Cadenède). Si je donne les détails de cette alliance entre les deux familles Boyer, celle d’Azinières et celle des Gardies, c’est pour anticiper ce qui va suivre.

Car le plus surprenant, c’est une visite au cimetière de Saint-Beauzély qui me l’a révélé. En effet, on y peut voir un caveau Mandagot-Boyer sur lequel se trouvent donc associés les deux patronymes, celui des victimes et celui de leur assassin. Simple homonymie, pourrait-on se dire … pas vraiment : Théophile Mandagot (1886-1960) est petit-fils et neveu des victimes. Son épouse Eugénie Boyer (1889-1974) est la fille de Casimir Germain Boyer (1847-), lui-même cousin germain de Constance, l’épouse de Lucien, frère de l’assassin. Epilogue inattendu … ou peut-être inespéré ! Souhaitons en tout cas que ce mariage ait mis un baume sur les meurtrissures des deux familles.

Vous évoquez plus haut la transmission des biens du condamné, qui pourrait permettre de connaître le temps de son décès. Il faut évidemment explorer cette piste, si hasardeuse soit-elle. Au moment des faits, il n'avait que 23 ans, et il ne possédait probablement pas de biens personnels. C’est d’ailleurs ce qui est mentionné sur le registre matricule dont vous donnez le lien : « sans fortune ». En outre, ses parents, ses trois frères, tous maçons, ses deux sœurs, avaient, eux, à continuer leur vie sociale, voire même, pour les plus jeunes, à s’assurer une place dans la société. On peut se douter qu’ils aient eu bien assez d’eux-mêmes et des enfants qui allaient naître, dès 1869 et jusqu’en 1897, sans se soucier de réserver une part à ce réprouvé, qu’ils savaient ne jamais devoir revoir !

C’est déjà beaucoup d’avoir pu trouver autant d'éléments sur sa détention et sa « transportation ». On peut bien sûr s’étonner qu’il n’y ait pas eu de transcription de son décès sur les registres de Saint-Beauzély ou de Rodez. Savoir !

Dans quel état était-il après dix ans de travaux forcés ? En s’évadant, il n’avait sans doute que de très faibles chances de survivre, mais pour lui, tout valait certainement mieux que rester dans l’enfer du bagne ! Même avec un allègement de peine, il se savait colon pénitentiaire à vie. Son seul espoir de liberté, si faible fût-il, était de réussir à s’embarquer clandestinement (?) sur un bateau à destination de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande. Y est-il parvenu ? Est-il mort sans identité, ou sous une nouvelle ? Il semble en tout cas qu’il n’ait pas été repris. En s’évadant du bagne, il pouvait aussi s’évader de son passé … et de ceux qui, à ce moment-là ou beaucoup plus tard, rechercheraient sa trace.

Répondre