Les mines de charbon du Larzac

lundi 2 octobre 2017
par  Suzanne BARTHE

Communication donnée, lors des JOURNEES GENEALOGIQUES DE L’AVEYRON à LA CAVALERIE par M. Jean DELMAS, conservateur général honoraire du patrimoine, ancien directeur des Archives départementales de l’Aveyron

Le passé minier du Larzac et de ses contours est depuis longtemps effacé du paysage, sauf aux yeux des proches voisins des anciennes exploitations ou des observateurs avertis.

Les premières exploitations, du XIVe au XVIe siècle : fer, charbon et couperose verte

Pourtant, on exploita le fer, puis le charbon au moins du début du XIVe jusqu’au milieu du XXe siècle, avec, il est vrai, obligation de combler les fosses ou les puits, pour éviter les accidents qui seraient arrivés aux troupeaux et aux passants. Le charbon du Larzac et de ses contours, le bassin de la Dourbie et le versant de Saint-Georges de Luzençon, était difficile à exploiter du fait de la faible épaisseur de la couche, entre 0, 50 et 0, 80 m ; mais le peu que l’on en tirait satisfaisait les besoins des habitants et des voisins immédiats. C’est à Saint-Georges et plus précisément à Saint-Geniez-de-Bertrand que sont signalées les plus anciennes exploitations de charbon, accessibles à flanc de coteau et proches de Millau. En outre, leur accompagnement pyriteux avait la particularité de donner, par une évolution chimique naturelle, ce que les exploitants appelaient lo coparòs ou la coparòsa, c’est-à-dire du sulfate de fer (ou vitriol vert) et de l’alun, qui étaient utilisés dans les tanneries et les teintureries millavoises.

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Taille à col tordu

Du XVIe au XVIIIe siècle

Le charbon du plateau fut surtout exploité par les forgerons, les maréchaux-ferrants et les exploitants de fours à chaux. Les trois grands propriétaires du Larzac étaient le roi de France, seigneur de Millau, l’abbaye de Nant et la commanderie hospitalière de Sainte-Eulalie (du Larzac). Peu intéressées, semble-t-il, par les profits que le charbon aurait pu leur apporter, ces deux dernières se contentaient d’accorder à l’exploitant éventuel le habituel bail à ferme, pour une durée de trois à cinq années. L’abbaye de Nant avait cependant la tradition d’une métallurgie de vallée (les martinets) et paraît avoir envisagé, à certains moments, une exploitation plus dirigée de ses ressources. Ainsi, elle traite directement de 1624 à 1639 avec un spécialiste, Antoine Roche, qui se dit « maître minier », titre probablement acquis dans une autre province. L’administration royale, présente à Millau, va donner l’exemple d’un système à trois composantes. En 1561, le gouverneur général des Mines de France, représenté par son commis local au nom prédestiné, Jean Carbonier, impose à Isabeau Palis, qui possède une mine sous le Mas-Nau, au lieu-dit Font-Cubessalade, une société à trois parts égales, réunissant l’agent du roi, Isabeau Palis et un mineur exploitant formé à Saint-Geniez-de-Bertand, formule qui préfigure d’une certaine façon les trois niveaux des concessions du XIXe siècle : l’Etat, le concessionnaire, capable d’investir, de commercialiser, de développer les richesses du pays et de… persévérer, et enfin l’équipe des mineurs.
Par l’arrêt du Conseil du roi du 14 janvier 1744, le pouvoir royal se donne les moyens d’intervenir partout où le sous-sol contiendra des richesses minières, quel que soit le propriétaire du sol. Cet arrêt n’eut aucune incidence sur le Larzac, dont les ressources, d’accès difficiles, étaient alors ignorées de l’administration. Le droit du roi, de l’Etat, sur le tréfonds sera repris par les lois de 1791 et 1810, qui instaureront le régime de la concession que nous connaissons et soumettra son obtention à l’avis de l’ingénieur des mines territorialement concerné.

L’ingénieur des mines Jean Blavier

Sous l’Empire, le pays étant privé du charbon anglais, qui était commercialisé à bas prix, on explore toutes les ressources possibles et on découvre celles du Larzac. L’auteur de cette découverte est un ingénieur d’une qualité exceptionnelle, Jean Blavier, qui, sur l’avis que deux habitants de La Cavalerie ont ouvert des puits, vient sur le plateau, qu’il explore à fond, visite, par la même occasion, les travaux miniers du Larzac et de ses contours, rappelle aux exploitants l’obligation de demander des autorisations, rédige des rapports argumentés, d’où il tirera une remarquable synthèse (1806). Il établit pour le Larzac quatre constats :
- 1- la couche de charbon que l’on voit à la Cavalerie, aux Liquisses, dans la vallée de la Dourbie ou à Saint-Geniez-de-Bertand, constitue un tout, de même nature géologique ;
- 2- donc, les richesses exploitées à Saint-Geniez, la houille et ses sous-produits naturels (sulfate de fer et alun), doivent se retrouver à La Cavalerie, ce qui promet là-aussi des bénéfices ;
- 3- la méthode d’exploitation locale doit être entièrement améliorée : certes les couches sont peu épaisses et d’exploitation difficiles, mais on gagnerait en cohérence en reliant les galeries, ce qui permettrait, entre autres, un écoulement des eaux et une ventilation ;
- 4-la position centrale de la Cavalerie, à la croisée de grands chemins (Millau, Lodève, Saint-Affrique, Albi), est avantageuse.

Les concessions du XIXe siècle

Il y eut sur le plateau, au cours du XIXe siècle, cinq zones de concession :
- La Cavalerie et le Jonquet au centre
- Les Liquisses (Nant) à l’est
- Lescure (Lapanouse-de-Cernon) à l’ouest
- Le Mas-Nau au nord.

Les concessionnaires furent d’abord un étrange Anglais, Guillaume Oppenheim, beau parleur faisant rêver, qui disparut sans payer ses dettes, puis les Brouillet à la Cavalerie, Balitrand et Valdebouze aux Liquisses, les Nazon de Millau au Jonquet, et bien d’autres, parfois passagers. Les plus durables, méthodiques et tenaces furent, à La Cavalerie et un temps aux Liquisses, les Gervais. Des dossiers, d’origine familiale, conservés aux Archives de l’Aveyron, permettent de suivre leurs exploitations, leurs projets, l’espoir qu’ils eurent de profiter pour le transport du charbon de la gare de Saint-Rome-de-Cernon, à 17 km de La Cavalerie, puis de la future gare de l’Hospitalet à 8 km à peine. D’où une baisse des coûts, qui aurait favorisé le commerce. Mais, il y avait ce handicap incorrigible de la faible épaisseur des couches, obligeant à travailler allongé, à « cou tordu », en tenant le pic à bout de bras, sans pouvoir s’aider du poids et du mouvement de son corps pour rétablir l’équilibre. Mais, tout autour se trouvaient les exploitations d’Alès, de Graissessac, de Carmaux ou d’Aubin, alors en pleine expansion, autrement plus accessibles, plus exploitables, plus rentables. Ce fut le découragement. Les héritiers Gervais, firent des offres de vente. Ils diffusèrent vers 1870 une excellente note technique sur les qualités (pas de grisou, solidité des puits et galeries ne nécessitant aucun boisage, des fissures naturelles, permettant d’évacuer l’eau) et les défauts de leurs mines et un clair exposé financier sur les coûts et les bénéfices possibles, mais ils n’arrivèrent pas à séduire les investisseurs. Les autres concessionnaires du plateau avaient déjà presque tous baissé les bras. Le camp militaire du Larzac, créé en 1900, amputa une partie du territoire de la concession de La Cavalerie. Il n’y eut plus d’espoir de reprise. Les héritiers présentèrent en 1929 leur renonciation à la concession.
Seules continuèrent, de façon sporadique, les exploitations des Liquisses, relancées pendant l’Occupation et, hors plateau, celles des vallées. Nous possédons un très précieux bilan de toutes ces concessions, avec l’inventaire de leurs potentialités, dressé en 1946 par l’ingénieur L. Rouire.

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