La FAGEOLE de CORNUS - 2ème épisode - Famille MAURY

Par Suzanne BARTHE et Monique BRUNEL avec l’aimable collaboration de Jean DELMAS de Jacques ASTOR et de Christian CAUSSE
samedi 11 décembre 2021
par  Suzanne BARTHE

Dans le premier épisode nous avons présenté LE MAS DE LA FAGEOLE de CORNUS dans son ensemble (étymologie, patrimoine vernaculaire, succession des patronymes) .
Nous vous proposons cette fois un focus sur la famille MAURY avec l’étude du patronyme par Jacques ASTOR ainsi que l’étude d’un acte de 1499 que M. Jean DELMAS a bien voulu analyser. Nous les remercions pour leur participation toujours appréciée par nos lecteurs.

Etymologie du patronyme Maury

25 saints Maurinus ont été représentés au cours de l’époque gallo-romaine et du haut Moyen Age. Il s’agit d’un cognomen romain dérivé de Maurus « Maure » signifiait « brun comme un Maure » : qui a les cheveux bruns ou noirs, qui a la peau basanée, olivâtre.

On connaît particulièrement un martyr du VIe siècle, un diacre supplicié à Lectoure dans le Gers, à 50 km au sud-ouest de Saint-Maurin.

On doit à Maurinus le patronyme MAURIN issu du nom de baptême. Il est connu dans la grande majorité des départements des pays d’Oc et beaucoup plus rare en pays d’Oïl.

Ses départements de référence sont les départements du Gard, des Bouches-du-Rhône, de la Lozère, de la Haute-Loire, de l’Hérault et du Vaucluse.

MAURY est la variante phonétique occitane de MAURIN (cf. Moulin et Mouly, Martin et Marty). Les deux patronymes sont fort répandus, néanmoins Maury est plus connu que Maurin.

Maury est très connu en pays d’Oc : il a pour départements de référence le Gard, les Bouches-du-Rhône, la Lozère, la Haute-Loire, la Gironde, l’Hérault et le Vaucluse. Suivent les Alpes-Maritimes, le Var, l’Ardèche, les Landes, la Drôme, le Lot-et-Garonne, les Alpes-de-Haute-Provence, le Puy-de-Dôme, la Haute-Garonne, l’Aveyron et l’Aude, pour ne citer que les départements au-dessus de 70 naissances car tous les départements occitans sont concernés.

Maury est répandu dans l’ensemble de l’Aveyron et particulièrement abondant en Sud-Aveyron : Millau et Millavois, Larzac (La Cavalerie, Cornus), Saint-Affrique et Saint-Affricain… Il a néanmoins une présence atténuée dans le Ségala (hormis Sauveterre, Gramond et Sénergues) et les Pays d’Olt (excepté Espalion) [1]

Dans le 1er épisode de notre feuilleton sur LA FAGEOLE DE CORNUS nous avons vu que la famille MAURY y était attestée depuis au moins 1426.
http://www.genealogie-aveyron.fr/spip.php?article1515

Nous vous proposons aujourd’hui l’étude par Jean DELMAS d’un acte de 1499.

Reconnaissance faite à Anthoni Peytavin(i) par Peyre et Vésian Maurin(i), du mas de la Fajola, juridiction de Cornus (de Cornutio)

« 1499 ( vieux style [2]

Personnellement constitués, Peyre et Vésian Maurin(i), habitants du mas de la Fajola, paroisse et juridiction de Cornus, ont solidairement reconnu et confessé avoir reçu d’Anthoni Peytavin(i), fils de feu Johan, futur mari (vir futurus) d’honnête fille Catherina, fille de Johan Maurin(i), la somme de cinquante cinq florins, monnaie présentement courante dans le royaume de France, sur ou pour la dot ou verquière [3]. (hoc de dote et pro dote sive verqueria), somme que ledit Anthoni avait promis apporter tant en monnaie qu’en biens équivalents (tam in denariis quam in denayratis), conformément à la constitution de dot, reçue et notée par moi [de Banis] notaire, à sa date [4].

Lesquels frères Maurin(i) se considèrent comme bien payés et ils en ont fait quittance audit Anthoni. Ils ont promis rendre ladite somme, dans l’éventualité d’une restitution ou reprise, - que cela ne soit pas ! [5].- (eventu restitutionis sive reppetitionis… quod absit). Et si lesdits reconnaissants, d’un côté, et Johan Maurin(i), le père de Catherina et beau- père d’Anthoni Peytavin(i), de l’autre, tous trois en ce qui concerne leurs biens communs, tenus en indivision (simul comunes et megerii in omnibus eorum bonis), étaient amenés à en faire la division ou partage (ad divisionem et dispartimentum), la restitution se ferait tant en monnaie qu’en biens équivalents (in denayratis), à raison du paiement, chaque année, à la Saint Jean Baptiste, de cinq livres tournois en déduction des 55 florins et cela jusqu’à épuisement de la dette. Il est en outre envisagé que Johan Peytavin(i), frère d’Anthoni, pourrait apporter la somme de 40 florins, promises dans un autre contrat, noté par le même notaire, à sa date, et dans ce cas cette somme serait déduite (in deductionem et actenuationem) des 55 florins reconnus et dus par lesdits frères.

En garantie de ces conventions, les frères Maurin(i) reconnaissants se sont soumis eux et leurs biens meubles et immeubles à l’autorité des cours de Nant, de Cornus, de la vicomté de Creissels et du vénérable official de Vabres. »

L’acte précédent et ses contradictions apparentes ne pourraient être profitablement analysés que si nous disposions des deux actes dont le notaire fait mention, sans précision de date, d’abord le contrat de mariage d’Anthoni Peytavin(i) (pourtant encore appelé : futur mari) et de Catherina Maurin(a), ensuite d’une probable reconnaissance de dette de Johan Peytavin(i), frère d’Anthoni, envers les frères Maurin(i), cousins de l’épouse.

A cela il faudrait ajouter un acte inconnu, mais probable, le contrat d’affrairement ou société fraternelle [6].liant entre eux les frères Maurin(i), en remontant peut-être à la génération précédente, celle de leur oncle Johan, le père de Catherina.

Autant d’inconnues ! C’est dire que la découverte de ces actes corrigerait, voire annulerait peut-être nos hypothèses et déductions. Prudence donc !

J.D.

NDLR : le contrat de mariage, rédigé par le même notaire, a dû avoir lieu peu de temps avant (distinct du sacrement de mariage qui n’a pas encore eu lieu ; en effet, Anthoni Peytavi est encore dit futur mari). Malheureusement, dans l’état actuel de nos connaissances, ces minutiers du notaire De BANIS ne figurent pas dans les AD 12. Si par miracle un de nos lecteurs a connaissance de ces actes nous le remercions de nous les communiquer !!!

Dans le prochain épisode, nous allons étudier le testament de Catherina Maurina, en date du 11 novembre 1554 dans lequel d’une part les dispositions pieuses sont nombreuses et intéressantes. et d’autre part, la testatrice nomme ses enfants et gendres, un petit-fils et une nièce, Magdalena, fille de Peyre Peytavi (voir épisode N°3).http://www.genealogie-aveyron.fr/spip.php?article1522


[1Pour de plus amples connaissances sur ce type de nom de famille, nous vous invitons à consulter le Dictionnaire des Noms de Familles et Noms de Lieux du Midi de la France, p. 1021 à 1064, actuellement réimprimé, en vente à la librairie Caumes des Livres, à Millau.

[2Incertitude sur le style du notaire. En général en Rouergue, le changement d’année a lieu, à cette époque, le 25 mars. Donc le 4 février serait de l’année 1500, selon notre calendrier. Mais, nous savons que certains notaires apostoliques changeaient de millésime dès le jour de Noël (25 décembre) Ainsi Peire Gilhodes de Saint-Félix de Sorgues (Voir J. Delmas, « Calendriers du Moyen Âge… » dans Moeurs et coutumes du Rouergue, III, 2018, chap. 93 . Cependant, le style du 25 mars est ici le plus vraisemblable., selon notre calendrier 1500), 4 février-

[3Dot assignée ou garantie sur un bien-fonds

[4Ne connaissant pas les termes du précédent contrat de mariage, il s’agit ici, sauf erreur, d’un transfert de la dot aux deux frères Mauri, Peyre et Vésian, qui seraient en société avec le père de Catherina, Johan, leur oncle.

[5Formules habituelles si les l’un des époux décède, sans enfant né de leur union

[6Moeurs et coutumes du Rouergue, III, 2018, chap. 83 et 84



Commentaires

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La FAGEOLE de CORNUS - 2ème épisode - Famille MAURY
mercredi 29 décembre 2021 à 07h28 - par  Elisabeth Rouvier Pons

Ma précédente intervention est partie un peu vite.

J’aurais voulu compléter en indiquant que cet acte souhaitons-le le plus complet, soit contrat de mariage, quittance et reconnaissance, pourrait aussi avoir été réalisé en double notaire : serait parvenue jusqu’à nous la formalisation de Me Bastide et malheureusement pas celle de Me de Banis.

Reste donc à consulter le registre de Me Bastide 3E19319 pour obtenir une réponse précise.

Nous restons à l’écoute. Cordialement. Elisabeth

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La FAGEOLE de CORNUS - 2ème épisode - Famille MAURY
mercredi 29 décembre 2021 à 06h22 - par  Elisabeth Rouvier Pons

Très intéressante lecture et analyse par Jean Delmas. Encore merci à notre ami, toujours passionnant et plein d’enseignement.

En ce qui concerne l’indication de l’origine du document qui lui a été présenté, Jean Delmas note que le notaire doit être de Banis (à la résidence de Cornus) mais que les minutiers de ce notaire pour cette époque ne figurent pas aux AD12.

Pour mémoire y sont conservés : deux registres de Pierre de Banis 3E18979 (1554) + 3E18980 (1567), et deux registres de Antoine de Banis 3E18981 (1559-1562) + 3E18982 (1625-1627), tous non accessibles en ligne malgré leur importance vu la rareté des sources pour cette période et ce secteur.

Mais il me semble que cette reconnaissance doive être mise en parallèle avec l’acte du 4 février 1499 signalé dans la base de données du CGA comme un "contrat de mariage" sous la référence :

AD12 3E19319 f°92 à 99 Me Jean Bastide à la résidence de Ste-Eulalie du Larzac

Malheureusement cette cote n’est pas non plus accessible en ligne pour une rapide vérification.

C’est peut-être l’acte de mariage recherché, ou alors c’est en fait le même acte qui a été passé chez Me Bastide et pas chez Me de Banis. Dans ce cas peut-être faudra-t-il faire évoluer la fiche de la base de CM en QRD.

Mais un doute doit être levé. Sur la première page de la reconnaissance mise en copie ici, je ne distingue pas bien le folio. Il ne me semble pas lire 92 mais plutôt : LXXXXVI soit 96.

Le releveur de la fiche de la base de donnée a pourtant bien indiqué pour l’acte faisant l’objet du signalement "fo 92 à 99". Les contrats de mariage sont souvent suivis de quittance et de reconnaissance associées. Se pourrait-il que le contrat de mariage recherché soit situé à partir du folio 92 de ce registre du notaire de Ste Eulalie ? Cela vaudrait le coup d’aller vérifier.

De plus dans les 91 folios précédant de ce registre, avec un peu de chance des actes peuvent peut-être concerner ces familles du mas de la Fajolle et leur affrairement. Le 3E19319 (1499-1500) est le premier registre conservé aux AD12 de ce notaire mais la collection, sans être complète, se poursuit pour lui et son successeur Pierre Bastide jusqu’en 1547 (de 3E19319 à 3E19325) soit 7 minutiers qui mériteraient eux aussi de pouvoir être mis en ligne.

Des pistes de recherche encore en perspective pour les chercheurs de la Fajolle.