LA FAGEOLE DE CORNUS - 3ème épisode - Le testament de Catherine MAURY, 1554.

Par Jean DELMAS en collaboration avec Suzanne BARTHE et Monique BRUNEL
vendredi 17 décembre 2021
par  Jean DELMAS, Monique BRUNEL , Suzanne BARTHE

Dans ce troisième épisode de notre feuilleton sur LA FAGEOLE DE CORNUS, Monsieur Jean DELMAS nous a fait l’amitié d’étudier le testament de Catherina Maurina, en date du 11 novembre 1554. Dans ce document, d’une part les dispositions pieuses sont nombreuses et intéressantes. et d’autre part, la testatrice nomme ses enfants et gendres, un petit-fils et une nièce, Magdalena, fille de Peyre Peytavi.

Testament de Catherine Maury, veuve d’Anthoni Peytavy, du mas de La Fajola, juridiction de Cornus (11 novembre 1554).

A.D. Aveyron, 3 E 18979 (Pierre de Banis, notaire), fol. 178-179 vo.

Seize ans après l’édit de Villers-Cotterêts de 1539, les minutes de Pierre de Banis témoignent, parmi d’autres, du maintien en Rouergue de l’écriture en occitan, ce qui contredit la légende répandue par les historiens F. Brunot, en 1906, et A. Brun, en 1926, « selon lesquels l’usage écrit des langues provinciales aurait été proscrit par les agents du roi au nom de l’unification du royaume ».

Rappelons qu’en 1611 ces agents feront imprimer en occitan une affiche sur le tarif de péage de Rodez ! Soit 72 ans après l’édit ! Malheureusement, la légende a la vie dure. J’ai publié en 1997 dans le volume Al canton : Cornus [1]. , deux actes de Maître de Banis, dont un autre testament de l’année 1554, signalant leur rédaction et leur vocabulaire souvent personnels. Je donnerai de l’acte qui nous intéresse la traduction française ou un abrégé, citant à l’occasion des expressions occitanes qui rendent compte de la saveur du texte original.

« Dans le testament du 11 novembre 1554 de Catherine Maury (Catherina Maurina), le notaire cite en préambule deux vérités, souvent rappelées, à savoir qu’en ce bas monde toutes choses sont précaires et passagères (que totas causas sian labillas et transitorias) et qu’il n’y a chose plus certaine que le mort ni plus incertaine que l’heure de celle-ci (que non y aja plus certana que la mort ny plus incertana que la hora de aquela).

Puis, la testatrice se présente : elle est veuve (relayssada) d’Anthoni Peytavy, du mas de La Fajola, paroisse et juridiction de Cornus. Elle est en bon état d’entendement, grâce à Dieu (per la gracia de Dieu), bien qu’elle soit un peu en mauvaise forme physique (ung pauc mal disposada de sa persona) ; sa mémoire est parfaite (perfiecha memoria) ; elle veut disposer maintenant de ses biens, de crainte que « l’Ennemi de nature » (lo Enemic de natura [2] ,) ne cherche à la surprendre (increpa ny sobreprene) et afin que ses héritiers n’aient pas après sa mort occasion de désaccord.

Suivent ses dispositions en seize articles ou items :

  • 1- Elle s’est signée du signe de la croix en disant : En nom del Paire et del Filh et del Sanct-Esperit, et amen, recommandant son âme et son corps (son arma et son corps) à Dieu son créateur, à la glorieuse Vierge Marie et à toute la cour céleste du Paradis (a Dieu lo creator et a la gloriosa Verges Maria et a tota la court celestial de Paradis).

Obsèques et œuvres pies.

  • 2- Elle veut que lorsque son âme sera séparée de son corps, qu’une sépulture selon l’usage de l’Église (fabrica sepultura ) [3] soit donnée à son corps dans le cimetière de Notre-Dame de Cornus et dans le tombeau de son père (et tombel de son paire).
  • 3- Elle veut que les trois jours de sa sépulture, de la neuvaine et de l’anniversaire (los jors de sa sepultura, novena et cap de l’an) soient convoqués tous les prêtres (los cappelans) de la paroisse de Cornus, lesquels seront tenus de célébrer les messes et les autres prières. On donnera chaque fois à chacun d’eux pour leur honoraire (lour debit ) [4]20 deniers tournois et la réfection corporelle (la reffection ). [5]. Ils seront tenus de prier Dieu pour la défunte.
  • 4- Au clerc portant la croix (al clergue que portara la cros), on donnera, chacun des trois jours, 10 deniers (miech debit).
  • 5- Elle lègue à Monsieur le vicaire [desservant] de Cornus pour la commémoration (la remembransa), une seule fois, une quarte [6] de froment ; et qu’il soit tenu de commémorer son âme publiquement (de remembra son arma en lo pal) à l’église de Cornus tous les dimanches pendant une année complète. »
  • 6- Elle lègue pour l’amour de Dieu et la rémission de ses péchés au bassin des âmes du Purgatoire (per amor de Dieu et en remissio de sos peccatz al bassi de las armas de Purgatori) de ladite église, une seule fois, un demi-boisseau [7] de froment.
  • 7- Elle lègue à chacune des autres quêtes (las autras officinas) de ladite église, une seule fois, un demi-boisseau de froment.
  • 8- Elle lègue à la charité (la caritat) du lieu, une seule fois, une demi-quarte de méteil (mescla).
  • 9- Elle lègue aux quatre ordres mendiants [8] (quatre ordes de pauretat), à chacun d’eux, une seule fois, une demi-quarte de froment.
  • 10- Elle lègue au chapelet de Notre-Dame (al chipelet de Nostra-Dama), une seule fois, un boisseau de froment.
  • 11- Elle veut que soit fait un trentenaire [9]de messes (ung trentenari de messas) à son intention, dans les deux mois suivant son décès.

Héritiers de sa famille

  • 12- Elle lègue à Maria, sa fille, femme d’Esteve Christol (Xpol), du Mas-Raynal, et à Cardona (?) sa fille, femme d’Andrieu Peyre, de Canalz, à chacune, outre la dot et verquieyra de chacune, une seule fois, la somme de 5 sous tournois, les faisant ses héritières particulières ; et qu’elles soient tenues de prier Dieu pour son âme et celles de ses parents trépassés (sos amictz [10] trespassatz).
  • 13- Elle lègue à Anthoni Christol (Xpol), fils d’Esteve, son filleul (son filhol) une agnelle, une fois ; et qu’il soit tenu de prier Dieu à son intention.
  • 14- Elle lègue à Magdalena, fille de Peyre Peytavy, sa petite fille (sa neboda [11] une brebis, une fois ; et qu’elle soit tenue de prier Dieu pour son âme et celles de ses parents trépassés (sos parens trespassatz).
  • 15- Pour le reste, biens, droits et actions, elle nomme son héritier universel Peyre Peytavy, son fils ; et qu’il soit tenu de payer tous ses légats et de s’acquitter de ses obligations et engagements - ou oublis - (cobri sas rancuras [12]et forfachs) qui se révèleraient être dus, après sa mort.

Exécuteurs testamentaires

  • 16- Les exécuteurs du présent testament seront Monsieur le vicaire de Cornus [au moment de son décès] et Andrieu Peyre, son gendre (son genre), de Canalz.

Fait à La Fajola, dans la maison de la testatrice, couchée dans un petit lit, près du feu (se jasen pres del fuoc en ung petit liech).

Présents Peyre Maury dit Megau (?), de Cornus, Guilhem Maury, Anthony Bon-Astre, de La Fajola, Bernad Sobes, Johan Gamelh, fils de Guiraut, de Sanct-Baulise del Yrondel, Frances Carrieyra, del mas de Ladezobre, paroisse de La Roca-Papalhonac, et moi Peyre de Banis, notaire. »

Jean DELMAS



[1Rodez, Mission départementale de la Culture, 1997, pages 64-67

[2C’est-à-dire le Diable.

[3Expression propre à ce notaire.

[4En Rouergue, on emploie plutôt le mot renc. Voir J. Delmas, Moeurs et coutumes du Rouergue, I, 2012, chap. 11.

[5A la différence des laïcs, qui, en général, ne communiaient pas lors des obsèques, les prêtres célébrants, certains venus de loin, étaient en état de jeûne depuis minuit. Il était en général de bon usage de les retenir après la messe pour un repas (la réfection), qu’ils partageaient avec la famille. Voir Moeurs et coutumes du Rouergue, I, 2012, chap. 17

[611 litres 80, à Cornus.

[7Un douzième de la quarte.

[8Carmes, franciscains, dominicains et augustins.

[9Dit aussi trentain, messes célébrées pour l’âme d’un défunt, pendant trente jours consécutifs après son décès.

[10Parenté des deux côtés. Voir Moeurs et coutumes du Rouergue, I, 2012, chap. 19.

[11Nebot et neboda peuvent désigner le neveu et la nièce, mais aussi le petit-fils et la petite-fille. Voir Moeurs et coutumes du Rouergue, I, 2012, chap. 13 et 19.)

[12Voir Moeurs et coutumes du Rouergue, II, 2014, chap. 56.



Commentaires

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LA FAGEOLE DE CORNUS - 3ème épisode - Le testament de Catherine MAURY, 1554.
vendredi 17 décembre 2021 à 14h30 - par  monique pons

félicitations pour ce travail