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Cercle Genealogique de l’Aveyron
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DE LA DIFFICULTÉ DE NOMMER UN CURÉ A BOZOULS EN 1882.
Article mis en ligne le 15 juillet 2026

par Alain Albouy

Le 12 septembre 2026 paraîtra, lors de notre assemblée générale, notre livre « Bozouls, des femmes… des hommes… et leurs racines ». Comme dans nos éditions précédentes, nous y étudions l’histoire, le patrimoine, certaines généalogies, certains hameaux ainsi que les personnalités. Parmi celles-ci nous avons tenté de lister les curés qui ont desservi les cinq paroisses qui composaient cette commune.

Dans les lignes qui suivent nous allons évoquer les contraintes liées à la nomination d’un curé pour la paroisse de Bozouls en 1882 pour succéder à l’abbé ANDRIEU décédé le 30 juillet 1882.

D’abord quelques rapides éléments historiques :

Pour régler la question religieuse, très exacerbée dans la dernière décennie du XVIII° siècle, Napoléon Bonaparte parvint à un « compromis » avec le Pape Pie VII qui pris la forme du Concordat du 26 messidor an IX. Le régime concordataire qui en découla, institué par la loi du 18 germinal an X (08.04.1802), durera jusqu’aux lois de séparation des Eglises et de l’Etat (1905) [1].

Cette loi de 1802 précise que : (Article 19) : « Les évêques nommeront et institueront les curés. Néanmoins ils ne manifesteront leur nomination, et ils ne donneront l’institution canonique, qu’après que cette nomination aura été agréée par le premier Consul ». De plus, (Article 51) « Les curés, aux prônes des messes paroissiales, prieront et feront prier pour la prospérité de la République française et pour les Consuls » ; (Article 52) : « Ils ne se permettront dans leurs instructions, aucune inculpation directe ou indirecte, soit contre les personnes, soit contre les autres cultes autorisés dans l’État » ; (Article 53) : « Ils ne feront au prône aucune publication étrangère à l’exercice du culte, si ce n’est celles qui seront ordonnées par le Gouvernement ».

Donc avec le concordat, les curés évoluèrent en fonctionnaires rémunérés par l’Etat et dont la nomination par l’évêque devait être soumise à l’approbation du préfet, ce qui les plaçait de fait, dans l’exercice de leurs fonctions, sous l’autorité de ce haut-fonctionnaire.

Les faits à Bozouls :

A la suite du décès du curé ANDRIEU, consultations faites, Mgr Jean Christian Ernest BOURRET, évêque de Rodez et de Vabres, souhaite nommer Antoine Florens BATTUT, à ce moment-là desservant de la paroisse de Banhars. Le poste de curé de Bozouls sans être très prestigieux est une affectation importante qui se conjugue souvent avec celle de vicaire forain du district.

Avant de confirmer cette nomination, les services du Ministère de l’Intérieur et des Cultes demandent aux services préfectoraux de l’Aveyron d’effectuer une enquête sur le postulant. Il s’agit de recueillir des éléments auprès de « personnes impartiales, absolument discrètes et dignes de confiance » sans pour autant informer lesdites personnes sur la finalité de cette demande.

Issu de cette procédure, le rapport préfectoral est très défavorable au curé de Banhars, en témoigne cette phrase : « Cet ecclésiastique ne craint pas de manifester hautement sa haine contre le gouvernement et cela dans des termes souvent peu parlementaires ». Il s’appuie sur des faits qui datent d’à peine plus d’un an. L’incident s’est déroulé le 21 août 1881, à l’occasion des élections législatives. Ce jour-là, l’abbé BATTUT monta en chaire et en présence de toutes ses ouailles il se lança dans une violente diatribe contre le candidat républicain, Mr Emile DEVIC qui par ailleurs était son parent [2]. Il l’accusa de vouloir renverser la religion, faire fermer les églises, etc. Il se trouva que le maire de la commune intervint à l’issue de la messe pour protester énergiquement contre les propos désobligeants tenus dans le sermon du prêtre contre celui qui fut ensuite élu député.

Le sous-préfet d’Espalion concluait à la nécessité de repousser la nomination du curé BATTUT.

Mgr BOURRET dans un courrier du 13 septembre 1882 motive sa demande d’agrément en présentant le curé BATTUT comme un des prêtres les plus respectables de son diocèse dont la famille est alliée à celle du député républicain d’Espalion et à plusieurs fonctionnaires dévoués aux institutions en place.

La cure de Bozouls est alors vacante depuis deux mois et le prélat voudrait rapidement, selon sa formule, « faire cesser ce veuvage ».

L’évêque reconnait qu’il a eu le plus grand mal à trouver un prêtre répondant au profil souhaité et qui veuille bien accepter cette charge. Depuis deux ou trois ans le diocèse de Rodez a essuyé plusieurs refus aux présentations faites à l’approbation du gouvernement. Ces refus ont fait « mauvaise impression aux prêtres sérieux et capables » qui craignent dorénavant que de telles décisions les déconsidèrent à la fois aux yeux de leurs paroissiens comme à ceux de leurs confrères.

Mgr BOURRET argumente que la pratique gouvernementale de refus « généralisés » pourrait être contre-productive en éloignant tous les bons prêtres des postes élevés, ces prêtres capables de faire le bien et d’honorer leur ministère. Ces refus au contraire pourraient faire émerger « les médiocres, les agités, les hardis, les hommes sans vertu et sans jugement » et il conclut en ces termes : « un bon corps de fonctionnaires ne peut que mieux servir l’Etat qui sait le choisir. Un corps ecclésiastique vigoureux, comme un épiscopat capable et vertueux n’est point un danger pour l’Etat, mais un principe de force et d’honneur, dont il est le premier en définitive à recueillir les bénéfices ».

Cette lettre de l’évêque conduit la Direction Générale des Cultes à demander le 7 novembre 1882 au Préfet de l’Aveyron de diligenter une seconde enquête dans laquelle il est jugé utile de consulter le député DEVIC.

Le retour d’enquête fut-il plus favorable que le précédent ou le Ministère est-il passé outre ?, toujours est-il qu’un mois plus tard une décision positive était rendue pour la nomination du curé BATTUT à la cure de Bozouls.