1783, UN CORBEAU [1] BOZOULAIS ECRIT A L’EVECHE
Le deuxième week-end de septembre se tiendront à Bozouls notre Assemblée Générale ainsi que les 22èmes Journées Généalogiques de l’Aveyron. A cette occasion paraîtra notre ouvrage annuel consacré à la ville-hôte : « Bozouls, des femmes… des hommes… et leurs racines ».
En complément de cette publication nous avons présenté sur ce site deux documents de la petite histoire de Bozouls : le premier consacré à la laborieuse nomination d’un prêtre à Bozouls en 1882 (lien vers l’article), le second à la dénonciation du comportement du curé de Brussac en 1887 (lien vers l’article).
Le document présenté aujourd’hui est plus ancien car il date de 1778. Il s’agit également d’une dénonciation, celle du clergé bozoulais. La missive est anonyme et est adressée à Monsieur l’abbé DEGRUN vicaire général à Rodez.
Quelques éléments de contexte sur le clergé bozoulais.
A dix ans de la Révolution la société laïque dépend encore très étroitement du pouvoir ecclésiastique qui est chargé du culte, de l’état civil, prend également part à l’instruction publique et doit contribuer aux aumônes et à l’assistance aux pauvres.
« A la date du 4 mai 1301, la paroisse de Bozouls et son clergé étaient établis dans le régime qu’ils devaient garder plusieurs siècles. La paroisse dépendait du chapitre de l’église cathédrale de Rodez. C’est-à-dire que les revenus de la paroisse appartenaient au chapitre. Le curé qui avait la charge de la paroisse, était payé par le chapitre.
En plus du curé, la délibération du chapitre de 1301 établissait à Bozouls un groupe de panetiers. … Les panetiers de Bozouls étaient au nombre de cinq : trois prêtres et deux clercs. … Ils aidaient le curé dans ses fonctions. Ils devaient assurer une messe chantée tous les jours [2]. »
A titre d’exemple le clergé de Bozouls se composait en 1757 de la façon suivante :
- Mr Antoine Arnaud de REILHAC était curé de Bozouls [3].
- Mr Alexis de GOUDAL, premier vicaire et panetier dudit Bozouls. Agé de 45 ans, prêtre depuis 1729, non gradué [4] , approuvé [5] , « servant de Bozouls depuis 5 ans, avec piété et édification, étant propre pour l’instruction des peuples et pour la direction des âmes et étant de bonnes vie et mœurs ».
- Mr Etienne NOE, second vicaire, âgé de 28 ans, prêtre depuis trois ans, « servant la paroisse de Bozouls avec piété et édification, étant propre pour les instructions des peuples et pour la direction des âmes et étant de bonnes vie et mœurs ».
- Mr François LADOUX, prêtre panetier de l’église de Bozouls. « Non gradué et non approuvé, âgé d’environ soixante dix huit ans, de bonnes vie et mœurs ».
- Mr Antoine RAMES, prêtre panetier dudit Bozouls. « Non gradué et non approuvé, âgé d’environ soixante dix ans, de bonnes vie et mœurs » [6].
- Mr Jean François CONTE, prêtre panetier dudit Bozouls. 32 ans, non gradué, ayant été approuvé pour la paroisse de Bozouls, « étant de bonnes vie et mœurs, et propre pour catéchiser les enfants et le peuple à quoi il s’occupe audit Bozouls les dimanches et les fêtes avec zèle et édification, et il serait bien à souhaiter qu’il voulut reprendre un confessionnal quand ce ne serait que pour disposer les enfants à la première communion, et pour confesser les filles de l’union établies audit Bozouls, ce qui serait une grande décharge pour messieurs les vicaires ».
- Mr Antoine GENIEYS, prêtre panetier dudit Bozouls, âgé d’environ 38 ans. « Non gradué et non approuvé comme n’étant bon à rien qu’à chagriner et scandaliser messieurs ses confrères et autres, par des manières malhonnêtes, par son peu de piété, par la fréquentation de certains laïques déréglés avec lesquels on dit qu’il faisait excès dans le vin, de quoi il nous a promis de se corriger ».
- BROUZES, prêtre depuis 1729, fraternisant dudit Bozouls. « Non approuvé, …, étant de bonnes vie et mœurs, propre pour catéchiser les enfants et le peuple et pour entendre les confessions. Il a passé quelques années à Toulouse pour prendre ses grades. Il est revenu depuis peu » [7].
En 1757, ce sont donc huit prêtres qui sont identifiés à Bozouls parmi lesquels les cinq panetiers. D’autres prêtres pouvaient également habiter dans la paroisse : prêtres retirés ou prêtres sans affectation ; prêtres résidant auprès de leur famille et souvent dans les hameaux qui les ont vu naître.
En 1778, date de la lettre de dénonciation, c’est l’abbé Jean Pierre GUARIGUES qui est curé de Bozouls (poste contesté par VALAT qui avait été nommé par le chapitre de la cathédrale de Rodez).
Deux vicaires le secondaient : CAYRON et MOUSSAC (signe MOSSAC).
Dans ce courrier, dont nous avons conservé l’orthographe originale, le rédacteur cible le clergé bozoulais mais plus particulièrement le vicaire MOUSSAC et sa proximité avec une demoiselle peu estimable. Selon notre corbeau, beaucoup de bozoulais se plaignent de leurs prêtres, toutefois en lisant entre les lignes un de ces prêtres, plus recommandable, pourrait, s’il est sollicité, donner plus d’informations à sa hiérarchie.
Voici le texte de cette lettre (AD12 1G376) :
« Je suis et nous sommes forcés aujourdhuy de vous apprendre quil est bien facheux qu’un honnete homme passe par la langue du monde et surtout d’une Demoiselle qui reste avec monsieur moussac vicaire.
C’est un mauvais caractere un mauvais garnement de fille. Elle est capable par sa mauvaise langue faire battre deux montagnes et mettre en discorde bien des familles commelle a deja fait. Voyant qu’elle est soutenue de son maitre on nose pas lentreprendre ni la rosser, peur de donner de l’escandale voyant quelle fait un mauvais commerce avec son maitre.
Monsieur nous laissons ça entre vos mains pour y remedier au plutôt car c’est une fille qui sa donne au vin, ainsi toute fille qui a ce panchant est capable de tout hors le bien.
Tout le monde critique fort contre les pretres car la plus part du temps il n’y a pas de l’eau benite dans l’église. Ils exigent bien leurs revenus mais pour faire leur devoir et le service divin ils ne sont guere assidus. C’est une paroisse abandonnée. La plus part du temps pourveu quils ayent les cartes a la main, ils sont contents.
La communauté est fort irritée mais elle ne veut pas paraitre.
Vous aves le moyen et le pouvoir d’y remedier comme vous y etes obligé en conscience. C’est facheux qu’une paroisse soit abandonnée et que les pretres y cause du murmure et de lescandalle. Je crois que chaque parroissien vivra a sa mode, c’est-à-dire dans le libertinage et dans la débauche, eux qui devraient donner bon exemple dans la parroise. Car a dire vrai c’est comme des comediens sur un theatre, il n’y a point d’union entre eux et il ny en a jamais eue, un va d’un costé, l’autre de l’autre. A peine pouvons nous avoir de messe a lheure dite. Je crainds monsieur vous ennuyer par ma lettre car c’est comme une histoire, encore j’en abrege la moitié, mais cependant je ne me repends pas de la vous ecrire quoyquelle soit un peu trop longue que de manquer a vous eclaircir la verité cest a dire tous les desordres et dereglements de cette parroisse.
Vous mexcuserait si je ne vous donne pas mon seing, c’est que je ne veux pas etre vu ny connu dans ces affaires, mais pour justification je puis vous dire que vous trouverés asses de monde et meme quelque pretre sil veut le faire, qui vous justifieront la chose et qui vous decouvriront tout ce qui se passe.
Que je suis avec tout le respect que je vous dois.
Monsieur
Votre tres humble et très soumis
Bosoul ce 31 octobe 1778 »