Le livre de Paroisse de l’Hospitalet du Larzac, de l’Abbé Frédéric HERMET

Communication de Jacques FRAYSSENGE, Conservateur des Archives Municipales de Millau
samedi 21 janvier 2006

Texte communiqué par Monsieur Miquel, ancien président du CGSA.

Un hommage est rendu au préalable par l’auteur de la communication à Claudine Villaret, secrétaire de mairie à l’Hospitalet du Larzac qui, pendant de nombreuses années, a fait connaître le livre de paroisse et qui l’a sauvé de la décharge publique.

Le livre de paroisse de l’Hospitalet du Larzac, autrefois conservé au presbytère est un fort volume de 125 folios format Lx1,35 X 23 cm, agrémenté d’illustrations (cartes postales anciennes, dessins, portraits, coupures de presse) et parfois, de documents originaux (lettres).

Ce livre a été composé, en majeure partie, dans les années 1920 par l’Abbé Hermet.

F.Hermet est alors curé de la paroisse, depuis février 1894. Il n’est pas un prêtre ordinaire : de par ses activités scientifiques bien connues, il est correspondant du ministère de l’Instruction Publique, membre de la Société des Lettres de l’Aveyron depuis 1891, qui lui a attribué le prix Cabrol en 1916 notamment pour ses travaux sur les statues menhirs du Sud-Aveyron, sur l’archéologie et sur l’histoire médiévale (étude du cartulaire de Gellone, de Conques de l’ancien évêché d’Arisitum).

Hermet n’est pas encore au fait de sa renommée : ses ouvrages qui le rendront célèbres « les graffites de la Graufesenque » « la Graufesenque » ne paraîtront que quelques années plus tard, respectivement en 1923 et en 1934.

Cependant, Hermet s’est beaucoup intéressé, a beaucoup travaillé, participé aux congrès des Sociétés Savantes, comme l’atteste sa correspondance entretenue avec la Société des Lettres de l’Aveyron et avec plus généralement, le monde savant (J. Dechelette, célèbre préhistorien, conservateur du Musée de Roanne, Salomon Reinach, membre de l’institut).

Qu’est-ce qu’un livre de paroisse ?

C’est en quelque sorte, un journal que le curé devait en principe tenir au jour le jour d’après les prescriptions de Mgr. Pierre Giraud, Evêque de Rodez (1830-1841) qui avait invité les curés à tenir des registres destinés à conserver la mémoire de tous les faits locaux ayant trait à l’histoire de la religion et à l’histoire tout court. F. Hermet s’est placé en fidèle continuateur de cette tradition comme d’ailleurs, il nous le fait remarquer dans son avant-propos de son livre de paroisse :

« Ce livre appartient à la paroisse de l’Hospitalet et doit toujours être en la possession des curés qui se succéderont dans la paroisse de l’Hospitalet »

Le vœu de F.Hermet sera exaucé puisque son successeur, à la cure de l’Hospitalet, le père Marius Devèze continuera l’œuvre entreprise, à partir de 1934 jusqu’en 1963, ainsi que le regretté père André Blanc, entre 1963 et 1969, date de la dernière année de la tenue du livre de paroisse

Considérons, à présent, les pages écrites de la main de F.Hermet, soit les quelques 80 feuillets composés d’une écriture dense, soutenue.

Le temps long des âges féodaux

Va du Moyen Âge, depuis la fondation de l’Hospital Guibert au XIIème siècle jusqu’à la Révolution Française, un temps long où les principaux cadres des institutions et de la société demeurent stables malgré bien évidemment des périodes chaotiques inhérentes à toute évolution qui n’ont d’ailleurs point échappé à l’abbé Hermet.

La Fondation

L’Hospitalet tient son nom et son origine d’un hôpital que le vicomte de Millau, Gilbert ou Guibert fonda en 1108 sur le Larzac pour le soulagement des pauvres « ad honoren Jesu Christi et Pauperum sustentationem »

Le territoire de l’Hôpital Guibert appartenait alors à la vicomté de Millau qui devint catalane/aragonaise par le mariage de la vicomtesse Douce avec Raimond Bérenger, comte de Barcelone.

En 1174, Alphonse II d’Aragon en fait donation à Jean, prieur du monastère de Cassan au diocèse de Béziers, par une charte datée de Perpignan que l’abbé Hermet retranscrit dans son livre de paroisse, en reprenant intégralement le texte publié par les bénédictins érudits de la congrégation de St-Maur, Dom Devic et Dom Vaissette, dans leur célèbre « Histoire du Languedoc », (t.IV)

Précision intéressante donnée par F.Hermet : le territoire concerné par la donation comprenait seulement l’hôpital fondé par le vicomte Guibert, qui était situé derrière l’église actuelle, en bordure de la calade, autrement dit « du chemin pavé », du cami romieu, « chemin des pélerins », médiéval.

Il ne comprenait ni l’église St-Etienne qui était au monastère de Gellone depuis le XIème siècle, ni le Rouquet, ni le mas Trinquier qui relevaient des Templiers depuis la donation de 1158 du comte de Barcelone, Raimond Bérenger.

Ce territoire de l’Hôpital Guibert s’étendait à peu près sur toute la commune de l’Hospitalet, à l’exception des bois et de la plaine autour du domaine d’Egalières (Aquileria), du bois de l’Abat, autrement dit une frange territoriale qui allait de la mare située sur le chemin d’Egalières, et qui aboutissait à l’ancienne voie Romaine, non loin des Places.

La Seigneurie

Les prieurs de Cassan sont donc, de 1174 à 1789, les seigneurs de l’Hospitalet et F.Hermet consacre quelques pages intéressantes, mais que je ne développerai pas ici, sur le monastère de Cassan, de l’ordre des Augustins, dans la paroisse de Roujan, en s’appuyant sur les travaux des érudits Héraultais, Alfred Crouzat et Albert Fabre ; il donne également la liste des prieurs de Cassan d’après le tome II de la Gallia Ghristiana (M.H.Fisquet, 1835).

D’après Mgr François de Fouquet, évêque d’Agde et prieur de Cassan de 1652 à 1673, (le frère du surintendant des finances, Nicolas Fouquet, célèbre par sa disgrace en 1661), cette seigneurie « est la plus considérable du prieuré, aussi est-ce de celle là que je veux avoir un soing tout particulier ... » (lettre au capitaine du fort de l’Hospitalet, cité par Hermet, du 29 mars 1652).

Grâce au pouillé du diocèse de Vabres (1728-1729) publié d’ailleurs par l’abbé Hermet dans la Revue Historique du Rouergue à partir de 1925, les revenus seigneuriaux (dîmes, champars, lods et ventes) du Prieur s’élevait à 1030 livres contre 139 livres seulement de charges affectées à la cure de l’Hospitalet, soit un revenu net de 891 livres (il fallait défalquer de cette somme, 100 livres pour le garde-terre et 120 livres pour l’aumône aux pauvres) soit en définitive, 671 livres pour le prieur.

Le prieur de Cassan était, comme le dit F.Hermet, un gros décimateur, c’est-à-dire qu’il percevait la plus grande partie des dîmes, laissant seulement une portion congrue au curé de la paroisse.

L’étendue de seigneurie, ses limites ont fait l’objet au XIIIème siècle, de litiges dont les séquelles se firent encore sentir à l’époque moderne (aux XVII et XVIIIèmes siècles).

En 1243 et en 1248, l’abbé de Nant avait vendu à l’abbé de Cassan, la moitié de la propriété des Aussedats (ancien nom d’Egalières), le bois Monesil ou de l’Abat. Des contestations souvent violentes s’élevèrent au sujet de ses possessions : en 1269, les deux parties eurent recours à un arbitrage conduit par Jordan, abbé de Joncels, qui aboutit à un compromis passé ici même, à l’Hospitalet et consigné par le notaire Martin Azémar, de Lodève.

Voici le teneur du compromis :

- les masages des Homs, des Canalettes, une partie d’Egalières que le prieur de Cassan revendiquait, allaient désormais appartenir de plein droit au monastère de Nant.

- les droits d’usage du seigneur de Cassan étaient confirmés en suivant les bornes hautes de pierres, indiquées et plantées.

- le bois de l’Albat illicitement aliéné par l’abbé de Cassan, demeurait sa propriété.

- la Balme Ernose et la Balme de la Reynelle demeuraient indivises aux deux parties.

La paroisse

Primitivement, son siège était à St-Etienne du Larzac dont l’église ruinée existe encore au quartier de St-Estève, à 1km du hameau du Rouquet, sur la commune de Ste-Eulalie. Cette église dépendait du monastère de Gellone.

En 1355, d’après un état de l’Evêché de Vabres de Mgr Bertrand de Pébrac, la « Noticia Juriam Ecclesiae Episcopalis Vabrensis », il est fait mention du prieuré de St-Etienne du Larzac avec la chapellenie de l’Hôpital Guibert « Prioratus Sancti Stéphani de Larzaco cum capellania Hospitalis Guiberti » : c’était le prieur de Creissels, moine bénédictin de St-Guilhem du Désert, et co-prieur de l’Hospitalet qui nommait le curé de la paroisse, nominations ratifiées par l’Evêque de Vabres.

Le terme « capellania » suppose, comme le pense Hermet, qu’il y avait à l’Hospitalet , bien avant que le village ait été le siège de la paroisse, une chapelle et un chapelain sans doute pour le service de l’Hôpital et des habitants avoisinant l’Hôpital.

La constitution d’une forteresse (fortilassia) à l’Hospitalet , avec tours, fortifications et entretien d’une garnison, la necessité de protection de la population a provoqué le transfert à l’Hospitalet du siège de la paroisse. André Soutou a bien montré depuis, à partir de la série H. des archives de l’Hérault, qu’aux alentours de 1409, les abbés de Cassan, avaient bâti un réduit fortifié, muni d’une tour et l’avaient renforcé en y aménageant des logettes, des habitations et des enclos pour le bétail.

J’ai moi-même récemment retrouvé, un livre de reconnaissances du Seigneur de Cassan de la fin du XVème siècle (1486-1502), qui atteste bien la présence du fort et de redevances perçues par le commandeur pour la défense de ce fort.

Quoi qu’il en soit, l’église actuelle n’a été construite qu’en 1764, probablement sur l’emplacement d’une plus ancienne.

Quant au cimetière, nous savons qu’au mois d’avril 1753, deux habitants firent cession de jardins, au tènement du Carrayon près de l’église pour 110 livres. (Fonds Hermet, Société des Lettres de l’Aveyron).

F.Hermet a recensé 12 curés, de 1467 à 1792 ; d’après le pouillé du diocèse de Vabres, Jean-André Descuret avait en 1728, une portion congrue de 300 livres payée pour 200 livres par le prieur de Creissels, 100 livres par le prieur de Cassan.

Ce curé a par ailleurs, retenu l’attention de F.Hermet : il aurait démissionné de sa cure en 1733 puis serait revenu sur sa décision.

Il était connu dans le pays pour ses histoires burlesques, et facétieuses : « la Croix Neuve » ; « les Coudous Cueches », histoires de coings cuits offerts à Mgr le Filleul de la Chapelle, ou encore « l’oreille arrachée de Josian, normand de nation » ou bien « les prédications de M.Descuret ».

Hermet signale par ailleurs, deux belles réussites ecclésiastiques :

Barthélémy Evesque, chanoine de Notre Dame du Bonheur, grand vicaire du diocèse de Vabres en 1743 ; originaire des Moulinets, près de Nant : sa famille habitait l’Hospitalet.

Jean-Pierre Arnal du Rouquet, directeur du séminaire Saint-Louis à Paris, en 1785.

Il regrette enfin qu’à son époque déjà (1920) les registres paroissiaux aient disparu : Hermet cite un volume de table de 1662-1677 et d’autres encore, dressés par messire Calmels, curé de 1731 à 1750.

Les institutions civiles

Le Consulat

La communauté était administrée par deux consuls, renouvelés tous les ans. L’élection avait lieu le premier dimanche de septembre, à l’issue de la messe paroissiale et au devant de la porte du cimetière.

Charge des consuls

- Répartition de la taille royale - la levée des redevances seigneuriales et des charges locales

l’abbé Hermet a d’ailleurs déposé à la Société des Lettres de l’Aveyron, une belle série de comptes consulaires, de 1689 à 1775 et des rôles de tailles de 1605-1607.

L’école

- une école mixte avec un régent qui enseigne à lire, à écrire et à prier Dieu
- le régent percevait une allocation de 60 livres en 1710, 100 livres en 1770.
- le livre de paroisse contient une liste précieuse de régents entre 1668 et 1784.

La rupture révolutionnaire

« Epoque lamentable - nous dit Hermet - sur laquelle nous voudrions jeter un voile discret. Mais l’histoire doit parler pour tirer d’utiles leçons, même des événements les moins glorieux ».

F.Hermet rappelle dans le livre de paroisse, les principaux événements de la Révolution considérant avec juste raison que les problèmes de l’histoire locale sont étroitement dépendants de l’histoire nationale.

Et de citer, s’appuyant sur l’Epoque Révolutionnaire en Rouergue, des frères Barrau, les cahiers de Doléances, l’élection des députés aux Etats Généraux, la journée de la grande peur et la constitution de la Garde Nationale, la vente des biens Nationaux (à partir de 1791), en précisant qu’en cette circonstance, le Pré de Cassan, l’ancienne condamine du Seigneur, fut en pertie vendue aux enchères à Millau et en partie transformée en place publique.

Mais ce sont surtout les problèmes religieux qui focalisent l’attention de l’abbé :

La constitution civile du clergé divisa comme on sait, les communautés villageoises.

Alexis Valibouze, curé à ce moment là de l’Hospitalet, prêta serment comme Sylvestre Agussol à la Cavalerie ; il fit partie de la délégation Aveyronnaise à la fête de la Fédération à Paris le 14 juillet 1790 ; il fut aussi électeur Départemental pour la désignation des députés à l’Assemblée Nationale, scrutateur (avec Agussol) pour l’élection de l’Evêque Constitutionnel Deberthier au mois de mars 1791.

Vallibouze abdique sa fonction curiale, abjura sa qualité de prêtre « l’abomination de la désolation nous dit Hermet, ajoutant « j’invite mes vénérés successeurs qui liront ces lignes de faire amende honorable au Seigneur pour le malheureux dévoyé ... »

F.Hermet déclare qu’il a trouvé la renonciation de Valibouze dans un cahier contenant l’abjuration de plusieurs autres prêtres, cahier détenu par l’abbé Galzin, curé de la Cavalerie avant 1870 et de citer, parmi les 44 prêtres mentionnés, les curés de St-Georges, St-Geniez de Bertrand, Liaucous, Creissels, Compeyre, St-Martin du Vican. Cette proposition curieuse de prêtre abdicataires est intéressante et n’a jamais été, a ma connaissance, étudiée.

L’établissement du culte de la Déesse Raison, le 29 janvier 1794 provoqua la chute du clocher ; le presbytère attenant l’église devint lieu de réunion de l’assemblée municipale.

A deux reprises, les inscriptions révolutionnaires furent arrachées à la porte de l’église.

Le culte était célébré clandestinement par l’abbé Solier, dans la grange de Palieyras « à droite en descendant la rue Basse, un peu plus bas que le château de M. Marcorelles ... »

Cet abbé appartenant à une famille notable du village, fut arrêté, reclus à Rodez puis déporté. (reportez-vous à la notice de P.A. Verlaguet ...)

Le registre d’état civil de l’an 1797 commence en ces termes :

« les baptêmes et mariages précédemment faits dans la dite paroisse depuis la cessation du culte ont été également faits par nous, quoi qu’il n’y ait pas de registres ».

L’abbé Joachim Solier signa les actes du 20 janvier 1797 au 21 mars 1803, au titre de vicaire-régent.

Les baptêmes de la période Révolutionnaire avaient été de simples ondoiements à domicile et au mois de juin 1799, sous le directoire, eurent lieu de nombreux suppléments de cérémonies de baptêmes.

Les vicissitudes du XIXème siècle et du début du XXème siècle

F.Hermet souligne les bienfaits d’une période de reconstruction dans le village, essentiellement sous la restauration et la Monarchie de Juillet.

L’agrandissement de la paroisse : par décret impérial du 30 septembre 1807, les mas d’Egalières, du Sambuc, les las Trinquier et du Rouquet font désormais partis de la commune de l’Hospitalet.

La création d’un conseil de fabrique pour administrer la paroisse

L’érection des stations du chemin de croix dans l’église

L’établissement en 1834, de la commune de l’Hospitalet, jusqu’alors commune de la Cavalerie.

L’installation à l’Hospitalet même, en 1844, des sœurs de la Sainte Famille, originaires de Villefranche de Rouergue, fondée par Emilie Rodat, pour l’éducation des jeunes filles. Ces sœurs bénéficieront en 1853, de la vaste maison Marcorelles, jusqu’en 1903, au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, « date fatale à laquelle elles en furent injustement dépossédées par le gouvernement maçonnique qui fait peser depuis longtemps sur la France son funeste joug ».

La paroisse est desservie tout au long du XIXème siècle, par un curé et un vicaire et on trouvera dans le livre de paroisse, la longue liste des desservants dans laquelle je retiendrai : J.P. Ségin, de 1823 à 1841, un janséniste « outré », dit Hermet, dont les anciens de l’Hospitalet disait « qu’il était difficile de lui arracher une absolution » et d’ailleurs pour être absous à Pâques, il fallait venir à l’église faire plusieurs confessions préparatoires.

Et F.Hermet fait remarquer, par cette maxime en latin, que la sagesse réside dans le juste milieu des choses. « in medio stat virtus et sapientia et veritas »

la rigueur du curé Séguin ne souleva guère d’enthousiasme parmi les fidèles, 20 à 30 communiants seulement à Pâques pour 800 âmes. Aussi, Séguin demanda sa démission de la cure et alla s’installer à Verrières.

800 âmes, avons-nous dit, chiffre bien révélateur de l’optimum démographique larzacien du milieu du XIXème siècle.

L’Hospitalet connaissait alors une activité importante : sur la route Paris-Perpignan, le grand chemin, circulaient tous les jours 70 à 80 charrettes attelées de 4 à 6 chevaux et il y avait trois hôtels avec grandes remises.

Un projet d’église neuve vit le jour pour remplacer l’ancienne, vétuste et trop petite.

Le projet échoua, après maintes péripéties racontées par Hermet, par crainte de ruiner la commune et suite à des conflits entre le curé de la paroisse, les paroissiens et la municipalité.

On se contenta de réparations parmi lesquelles nous citerons :

L’exaucement du clocher de l’église, abattu sous la révolution :1850-1855.

Les réparations à l’intérieur de l’église grâce au legs de 7000 francs d’Etienne Marcorelles, gros propriétaire terrien.

La pose d’un autel de marbre dans le chœur, à l’initiative de l’abbé J.B.Gavalda, prédécesseur de F.Hermetà la cure.

A la fin de son ouvrage ; l’abbé Hermet dresse un état intéressant de la paroisse en 1894, date de son arrivée à la cure.

Tour à tour, sont évoqués la population qui a déjà diminué et qui est de l’ordre de 400 habitants, l’école, la ligne de chemin de fer Tournemire-le Vigan pas encore mise en circulation, la voiture publique de la poste qui allait tous les jours de la Cavalerie à St-Rome, le facteur, le presbytère et la suppression du vicariat, après la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Conclusion

Que peut-on retenir en définitive, d’un tel document ?

La personnalité de Frédéric Hermet, sa vaste culture historique, son goût de la recherche et sa collecte minutieuse des faits, autant de qualités qui rendent remarquables son livre de paroisse, alors que bien souvent , la négligence des curés dans la tenue de ces livres ou dans leur conservation, font que l’utilisation d’un document de ce type, demeure exceptionnelle.

Ce livre de paroisse est bien l’ouvrage caractéristique du prêtre érudit qui travaille « avec l’acharnement d’un bœuf au sillon » (B.Combes de Patris)

L’implantation locale est primordiale et l’amour de l’église transparaît au fil des pages, de par sa qualité même de pasteur.

Cela se traduit comme l’a récemment bien montré, Thierry Corroyez dans son article de la revue Etudes Aveyronnaises, 1999 sur les prêtres érudits du diocèse de Rodez, des années 1880 aux années 1960, par la recherche de l’influence de l’église au sein de l’histoire d’une localité, d’une communauté pour mieux ainsi défendre et justifier sa mission.

On peut certes reprocher, à la lumière de la connaissance historique moderne (pour reprendre une expression chère à Henri Irénée Marrou), un manque d’esprit critique, une absence de « regard éloigné » comme diraient les ethnologues.

L’accumulation de jugements de valeur, de parti-pris entachent la partie du travail du chercheur mais au fond, tous ces inconvénients ne font-ils pas partie de « l’histoire de l’histoire » ?

On peut également reprocher des lacunes sur les périodes de tensions, de guerres fratricides qui ont entaché la chrétienté :

Ainsi les guerres de religion sont à peine évoquées dans ce livre de paroisse, à l’exception d’un article d’Albert Carrière à propos d’un passage de troupes à l’Hospitalet en 1574 ; rien, en revanche, sur la prise du Fort de l’Hospitalet en 1574 par les calvinistes, relatée pourtant par le Calviniste de Millau.

De même, le manuscrit souffre de l’absence de notes et d’appareil critique, indispensable au travail scientifique et qui le rend ainsi difficilement publiable.

Pourtant, ce livre de paroisse est à mon avis, une œuvre qui scelle l’appartenance du prêtre à une communauté érudite ecclésiastique.

Et c’est dans ce sens là, que réside son intérêt.

On peut incontestablement inclure le travail de Frédéric Hermet parmi tous ceux qu’ont réalisé Louis Rigal, Pierre-AloïsVerlaguet, Pierre Edmond Vivier, Antoine Debat.

Tous ont méticuleusement préparé en amont de la recherche, le travail de collecte, de sélection, de classement, de préparation des documents qui sont maintenant exploités par les universitaires. Combien de mémoires de maitrise, de thèses auraient pu être réalisés sans leur apports ? Combien de fois les cite-t-on encore dans les bibliographies de recherche ?

Je tenais à mettre en valeur aujourd’hui à travers la présentation du travail de l’abbé Hermet, tous ces grands « méritants »de la recherche historique et de leur rendre ainsi, un bien respectueux hommage.

Jacques Frayssenge


Commentaires