Nant

lundi 2 janvier 2006

De nombreux hameaux dépendent de cette commune qui présente une des plus grandes superficies communales de France. Situé au pied du roc Nantais, à quelques kilomètres de Saint Jean du Bruel et de la cité templière de la Couvertoirade, elle comporte de nombreux équipements destinés au tourisme familial. (Randonnée, équitation, VTT, découverte nature, pêche...). Comportant de nombreux monuments médiévaux (Pont, églises, chapelles...), elle a été créée par des moines et de nombreux canaux parcourent et irriguent la cité.(D’après l’encyclopédie Wikipédia)

absorbe en 1834, Cantobre / Saint-Michel

A l’intérieur de la mairie, une intéressante statue d’un Louis XVI décapité.


Dépouillements réalisésPériodes
BMS
Nant1582/1874
Les Cuns1679/1792
Saint Sauveur du Larzac1710/1791
Saint Michel de Roubiac1732/1824
Cantobre1683/1824
Saint Martin du Vican1687/1792
Notaire
Nant + St Véran
Bonnefous1619/1771
Bruguière1630/1720
Restais1640/1711
Puech1721/1745

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Nant
lundi 9 janvier 2006 à 00h19 - par  MIQUEL Maurice

Communication d’André MAURY à la sortie foraine de la Société d’Etudes Millavoises à NANT le Samedi 29 Juin 1996

L’histoire mouvementée de la statue de Louis XVI à Nant

Cette communication veut être avant tout un hommage appuyé à trois personnalités de Nant qui se sont penchées sur la fameuse statue de Louis XVI, que ce village a l’honneur de posséder. J’ai cité : Gaston Laurans, Antoine Débat et Roger Julien.

Dans les années 1960-70, Gaston Laurans, ingénieur retraité, explorait l’histoire de Nant, tout comme Antoine Débat, curé de la paroise, tandis que Roger Julien en était le maire.

Comme mes activités professionnelles me conduisaient très régulièrement à Nant, il m’était donné de bavarder à l’occasion avec chacun d’eux. Et notre conversation revenait souvent à la statue de Louis XVI. Tous trois s’en préoccupaient.

Tout ce qui va suivre est donc puisé dans leurs travaux et leurs réflexions, n’apportant personnellement absolument rien de nouveau sur cette statue. Monsieur le curé de Nant, Monsieur Castan, a bien voulu, fort aimablement, me faire part du travail inédit d’un vieux Nantais, universitaire retraité, Monsieur Barral, qui apporte lui aussi une touche intéressante à la question.

Pierre d’Icher-Villefort, né en 1767, est un jeune Nantais de 22 ans et officier de chasseurs quand éclate la Révolution en 1789. Il se trouve alors en garnison en Corse. Menacé d’être pendu par ses soldats, il émigre en 1791, rejoignant l’armée de Princes, exilés en Allemagne.

Sous Napoléon, il rentre chez lui à Nant. Après plusieurs tentatives manquées de mariage, Pierre d’Icher-Villefort demeure célibataire. Il se consacre alors au culte de Louis XVI. L’ancien officier de chasseurs du roi porte constamment sur lui un médaillon représentant le roi guillotiné, avec cette inscription : "Français, pleurez et vengez !"

Tout début 1811, Pierre d’Icher-Villefort fait sculpter une statue de Louis XVI, qu’il place dans le jardin de sa maison. Un repas de vingt-et-un couverts d’amis royalistes fête l’évènement, avec au dessert des poèmes de circonstance. Pierre d’Icher-Villefort aurait bien voulu, en l’église de Nant, un service funèbre solennel à la mémoire de l’infortuné monarque, mais le curé de Nant refuse. Ce dernier ne veut pas se compromettre et exciter les autorités impériales napoléoniennes ; d’autant plus que le récent concordat de 1801, entre Bonaparte et le pape Pie VII, règle minutieusement les relations entre l’Eglise et l’Etat. Très vif de caractère, Pierre d’Icher-Villefort tempête fort contre l’écclésiastique qui ne peut se permettre le moindre écart.

Le sous-préfet impérial de Millau, Randon, n’est pas sans connaître l’édification de la statue et les agissements royalistes, peu dangereux à la vérité, de Pierre d’Icher-Villefort. Originaire de Saint-Jean-du-Bruel, le sous-préfet Randon met sans doute encore plus de malice à surveiller de plus près ce royaliste nantais.

Tout ceci, du sous-préfet de Millau au préfet de l’Aveyron et au ministre de la Police, remonte à Napoléon en personne, très chatouilleux pour tout ce qui touche la popularité des Bourbons. Ordre est donné de détruire la statue et d’arrêter Icher-Villefort. Ce dernier, des prisons de Millau, Rodez, Montpellier, arrive au château d’If, célèbre prison d’Etat, sur un ilôt à deux kilomètres de Marseille, où, trente ans plus tard, Alexandre Dumas fera vivre son célèbre comte de Monte-Christo. Là, le prisonnier Icher-Villefort aurait connu des conditions particulièrement dures de détention, du fait surtout de la saleté repoussante de son co-détenu de cellule.

Quant à la statue, elle est renversée par la gendarmerie. Sous le choc, le cou constituant un point faible, la statue est décapitée. Cette répétition de l’exécution de Louis XVI frappe fort l’esprit du maire de Nant, Amilhau, qui met la statue à l’abri.

Après la chute de Napoléon et sa libération du château d’If, dès son retour à Nant au printemps 1814, avec le roi Louis XVIII à Paris, le premier souci d’Icher-Villefort est de refixer la tête de Louis XVI au corps. Ainsi réparée, la statue est exposée sur la place du Claux à Nant. Mais quelques jours après, en juin 1814, la statue est victime d’un nouvel attentat, nocturne évidemment, sans trop de mal pour elle.

Du coup, Icher-Villefort offre la statue à la ville de Nant qui décide de l’élever sur un socle. Cet élan royaliste est vite interrompu par le retour de Napoléon de l’île d’Elbe, début 1815. Icher-Villefort fait preuve à nouveau de son opposition la plus farouche à Napoléon. Il est à nouveau arrêté, emprisonné à Millau, Montpellier et dans un fort de Toulon. Cette fois, il s’attend à être fusillé.

La défaite de Waterloo le délivre une seconde fois. Le roi Louis XVIII est de retour à Paris. Les travaux du socle sont entrepris, et le tout solennellement inauguré en décembre 1815. Auparavant, Icher-Villefort s’emporte et hurle au scandale. Il n’accepte pas que le maire de Nant, Fadat, si empressé à retrouver Napoléon, soit maintenant aussi enthousiaste à saluer Louis XVIII. Le malheureux Fadat est obligé de démissionner. C’est un beau-frère d’Icher-Villefort le nouveau maire. La statue enfin peut être inaugurée et cette fois bénite par le clergé, avec service funèbre solennel.

Après la Révolution de juillet 1830 et le départ du dernier roi de France - Charles X - au profit du premier roi des Français - Louis-Philippe - Fadat redevient maire. La statue est à nouveau mutilée. Louis XVI statufié est décapité une seconde fois, et la tête jetée dans la Dourbie, jamais retrouvée malgré d’actives recherches d’Icher-Villefort et de ses amis légitimistes.

Pierre d’Icher-Villefort, ulcéré, reprend la statue, lui fait attribuer une nouvelle tête bien implantée afin qu’elle ne connaisse jamais plus une malveillante décapitation. Il la place dans un jardin, un peu en dehors du village en direction de Millau, près d’un petit pavillon délabré où il vit plutôt misérablement, ne recevant plus les biens maigres ressources du régime précédent, très chichement obtenues après force envois d’adresses, de mémoires, de poésies à Louis XVIII et Charles X. Il y aurait toute une communication passionnante à partir de ces documents, tous plus enfièvrés de ferveur royaliste les uns que les autres, au point, assurait-on, d’en faire sourire le caustique et sarcastique Louis XVIII qui trouvait ce sujet un peu trop agité.

L’ardent royaliste légitimiste voit avec fureur la Seconde République, et avec encore plus de colère un autre Bonaparte devenu empereur. Mais par respect pour son âge maintenant avancé, les sous-préfets républicains ou bonapartistes de Millau ne s’émeuvent plus des esclandres de Pierre d’Icher-Villefort. D’ailleurs ses diatribes et ses outrages verbaux n’ont plus beaucoup de prise sur l’opinion nantaise. Il meurt en 1855, à l’âge de 88 ans.

Un siècle plus tard, dans les années 1960-70, la statue est toujours à sa place, respectée par les divers propriétaires successifs du ténement de Pierre d’Icher-Villefort.

Roger Julien, maire de Nant, pense que cette statue pourrait prendre place dans le hall de la Mairie du village, un très bel hôtel XVIIIème siècle. Ce projet judicieux de déplacement de la fameuse statue en ce lieu n’entamait en rien les sentiments républicains bien ancrés de Roger Julien. Il n’y voyait, avec juste raison, que la sauvegarde d’un très attachant témoignage du passé nantais, lié, ô combien, à l’histoire nationale. Et ceci, d’autant plus que les statues de Louis XVI sont plutôt rares, pour ne pas dire rarissimes ! Et cette oeuvre, même dans une certaine naïveté d’inspiration, n’est pas dépourvue de beauté artistique.

Ce projet tenait à coeur à Roger Julien. Il m’en a entretenu plusieurs fois, avec toute sa verve communicative et pleine d’humour. Je me rappelle fort bien d’une conversation dans le hall de la Mairie, à l’emplacement choisi par Roger Julien pour y placer la statue, entre Roger Julien, Gaston Laurans et Antoine Débat. Le premier, ardent républicain populaire, plaidait ce déplacement avec fougue ; le second, aux opinions royalistes bien établies, n’osait trop insister, ne voulant pas avoir l’air de trop plaider sa cause ; et le troisième dans sa sagesse toute ecclésiastique ne désirait pas donner l’impression de déborder dans le domaine civil, et de recréer le "trône et l’autel" !. Pour ma part, tout en souhaitant intérieurement ce transfert, je ne prenais pas parti, n’étant qu’un témoin étranger à Nant. Et je savais que les propriétaires de la statue, de très fidèles clients de l’organisme financier que je représentais, n’étaient pas bien décidés à se déssaisir de leur "trésor". Pourtant, à la demande de Roger Julien, j’accomplissais, mais sans aucun succès, de timides avances. Par la suite, ce refus se nuançait et devenait, peu à peu, acquiescement tacite.

D’autres raisons, plus spécifiquement locales, et sans doute politiciennes, empêchèrent, semble-t-il, cette délocalisation. Louis XVI attend toujours dans le jardin de Pierre d’Icher-Villefort. Peut être quelque Nantais averti pourrait-il davantage expliciter les raisons de ce projet avorté ? Nous lui en serions tous reconnaissants. Quelque trente ans après, la prescription doit pouvoir être levée pour en parler sereinement.

Peut-être est-ce encore Pierre d’Icher-Villefort qui de l’Au-Delà ne permit pas ce déménagement, ne voulant en rien complaire à un maire républicain ? La proximité du buste de Marianne ne pouvait sans doute pas pour lui convenir à l’auguste monarque !

André Maury

Sources :

- Revue du Rouergue janvier-mars et avril-juin 1967 (numéros 81 et 82).Passionnante étude de Gaston Laurans sur Pierre d’Icher-Villefort.
- Procès-Verbaux, Société des Lettres Aveyron, 1989. Texte inédit d’Icher-Villefort publié par Antoine Débat.
- Entretiens de l’auteur avec Gaston Laurans, Antoine Débat et Roger Julien.
- Renseignements de Monsieur Castan, curé de Nant.
- Bibliographie du Rouergue, de Camille Couderc et Bernard Combes de Patris.

A l’issue de cette communication, Monsieur l’abbé Castan, curé de Nant, précise que la tête a disparu de la statue une nouvelle fois, voici quelque temps. La statue est donc à nouveau décapitée ! Quel curieux destin, identique à celui de l’infortuné Louis XVI, que la statue représente.

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vendredi 17 mars 2006 à 16h35 - par  Jean CASTERA

Merci beaucoup à Monsieur Maury pour sa communication sur la statue décapitée du roi Louis XVI de Nant.