La seigneurie de Montferrand en 1620

Palanges
jeudi 25 octobre 2007

La seigneurie de Montferrand s’étendait sur la crête orientale des Palanges. Elle confrontait au Nord la seigneurie de Gaillac, à l’Est celle de Prévenquières, à l’Est et au Sud celle de Vezins, et à l’Ouest celles d’Arques et d’Etienne-del-Ram [1] Nous nous proposons de la mieux connaître grâce à l’examen de son cadastre de 1620, que nous compléterons cependant par quelques informations postérieures. Ce territoire constitue la partie Nord de l’actuelle commune de Vezins, chef-lieu de canton.

Le cadastre de 1620

« On nous présente qu’une copie du cadastre de Montferrand. Nous voyons qu’il a été dressé en 1620, que la communauté est peu étendue ; nous n’y trouvons pas la table d’abonnement. Au reste, il n’y manque aucun article » écrivait le fonctionnaire Richeprey lors de sa visite à Ségur, dans l’après-midi du 14 décembre 1780, et où lui furent présenté plusieurs cadastres du pays dont celui de Montferrand qui date de 1620 [2].

La fabrication de ce cadastre est l’oeuvre de Pierre Combes, arpenteur de Mézérac (Gaillac), qui fut aidé par un habitant de la Griffoul (de Vezins ?) dont on sait seulement qu’il est prénommé Jean. Les opérations d’arpentage et d’abonnement des biens sont achevées dans l’été 1620 car le registre est clos le 5 août : « Ainsi que dessus a été procèdé par nous Pierre Combes arpenteur de Mezerac et Jean (un blanc) de la Griffoul (un blanc) qu’il nous a été possible et sans suport de personne. Fait à Varès le 5e aoust 1620 et signé en foy de ce. Combes ».

Par une convention établie le 1er juin 1620 chez le notaire Georges Veyrau, la confection du cadastre avait été sollicitée par les contribuables du mandement qui avaient obtenu l’accord du seigneur. Nous n’avons pu retrouver cet acte. Cependant, il faut remarquer que ce cadastre ne fut pas ordonné par une Cour des aides et pas plus vérifié à son achèvement, ce qui était contraire à la législation de l’époque.
On constate que les opérations sur le terrain et la mise au net du document ne prirent que deux mois.
Un répertoire de trois pages classe les contribuables par villages et distingue les forains de la communauté. Le registre comprend quelques mentions marginales postérieures sur les mutations des parcelles.

Seigneur et seigneurie

L’intitulé du cadastre débute ainsi : « Le nouvau compoix du mandement de Monferran étant le tout en sa jurisdiction et supériorité du seigneur de Varès et de sa directite comme seigneur en la parroisse de Notre-Dame de la Vaisse-Roudier » [3].
Le seigneur de Varès n’est autre qu’Antoine de Prévenquières qui possède donc en 1620 la petite seigneurie de Montferrand. Un historien nous dit à son propos « Antoine de Prévinquières, seigneur de Varès testa en 1638. Il avait épousé Barbe de Roquelaure, qui le rendit père de Jacques-François » [4].
Les termes de « mandement » et de « juridiction » ont la même notion pour désigner le territoire seigneurial. Le terme de « taillable » que l’on retrouve dans les confrontations indique le territoire soumis à l’impôt de la taille royale, c’est à dire celui de la communauté d’habitants qui s’identifie ici au mandement.

Limites de la seigneurie

Les limites seigneuriales apparaissent dans les confronts. Ainsi la terre dite Riu Cròs confronte du « midy terre de Benoit Larcis des Crouzets faisant divizion du taillable d’Arques, de bize terre de Jean Pouget de la Vaisse faisant divizion du taillable de Vezins ».
Le pré dit la Maion « confronte pred dudit Fabre faisant divizion du taillable de Vezins ». Il en est de même pour la terre et friche dit Pomièrs Longs et Puèg de L’Escura qui séparent le taillable de Vezins.

La carte suivante présente schématiquement le ressort de la seigneurie de Montferrand incluant les fermes, hameaux et villages en dépendant (Fond de carte : Atlas cantonal Lacaze et Clergue, 1868).

Les chemins
Parmi les chemins cités dans les confronts, nous trouvons celui du Malaval à la Vaisse-Roudier, aussi qualifié de « viòl » (Occitan : Vial = sentier) ; celui de Puech-Lauret à Poulentines à la Vaisse-Roudier. Il y a encore ceux de la Vaisse-Roudier au moulin de Poulentines et au Fraisse.
De l’église paroissiale de la Vaisse, on peut se diriger vers Lescure ou prendre le « viol tandant de ladite églize al Bertalais » ; ou de la Vaisse à Prévenquières ; et c’est aussi celui qui est dit de Prévenquières à Ségur. Partant de Lescure, plusieurs chemins mènent à la Grifoulette, au Fau ou à Villfranquette, ou encore à Gaillac.

Quelques mentions plus imagées apparaissent pour le chemin du Ram à Lugans qui est aussi qualifié de « Chemin dit des Gavaches sive le chemin del castel del Ram au castel de Lugan », Lugans étant dans la direction des montagnes d’Aubrac et du Cantal (Occitan Gavach = montagnard) ; ou encore pour le chemin allant en direction de l’église et de son annexe le cimetière : « Le chemin qui conduit de Polentines à l’églize de la Vaisse vulgayrement le Camy des morts » (l’occitan Camin dels mòrts).

La grande voie de communication de l’époque, savoir le grand chemin de Millau à Espalion, bordait à l’orient la seigneurie de Montferrand. Mais elle avait dans ces parages justement une bifurcation en direction de Rodez. Ainsi le terroir de Falgairèta confronte-t-il « du chef avec l’Estrade Rodanoise » (Occitan Estrada = route ; « Rodanoise » francisation de Rodanèsa = ruthénoise).
Un document postérieur au cadastre nous donne quelques informations intéressantes sur cet axe routier secondaire le qualifiant de « chemin publicq allant du lieu del Vibal dict l’Estrade roudanèze au lieu de la Vaisse » [5]. En venant par l’Ouest, cette voie confrontait les terres des hameaux ou fermes du Mas-Aoust, du Mannap, de Puech-Lauret et du Mercier, pour arriver à la Vaisse-Roudier et aboutir sur le chemin Millau-Espalion.
Malgré sa situation climatique difficile, sur une crête montagneuse à 1000 mètres, ce dernier village, la Vaisse-Roudier, qui dépendait de la seigneurie de Vezins, revêtait une importance capitale pour les « gens de la route ». En effet, on y trouvait des auberges et des artisans dont un charron qui laissa son nom au pays (Occitan Rodièr = charron).

La fiscalité cadastrale et seigneuriale

Le classement des biens, bâtis ou non, s’opérait par l’indexation fournie par une table dite d’abonnement que la communauté fournissait à l’expert chargé d’estimer les parcelles. Déjà disparue en 1780, la table d’abonnement de Montferrand est inconnue dans sa teneur. Selon quelques sondages dans le registre, nous voyons apparaître quatre degrés d’estimation : bon, commun, faible, plus faible, que ce soit pour les bâtiments, les jardins, les cheneviers, les prés et les bois.
Le total des allivrements de tous les contribuables est de 49 livres 1 sol 8 deniers. Cette somme sert à diviser le total de l’impôt royal annuel afin d’obtenir un ratio servant de multiplicateur à l’allivrement particulier de chaque contribuable pour le calcul de sa part de taille. La taille est ainsi justement répartie proportionnellement aux estimations des biens fonciers de chacun.

Les droits seigneuriaux

À cette époque, il arrive que les entrepreneurs des cadastres prennent en compte des notions de droit seigneurial sur les redevances que payent les parcelles. On trouve donc pour chaque article des mentions du genre « au quart et droit de champart ». Ce qui a l’avantage de nous apprendre que le seigneur prélève 25 % de la récolte des blés.
Des indivis de censives sont aussi indiqués et notamment ceux des villages du Malaval qui est de 2 setiers de seigle, 12 sols et 3 gélines ; et de Lescure qui est de 2 quartes seigle, 12 sols et 2 gélines. On cite aussi l’indivis de Falgairèta qui est le nom d’un terroir sans habitat.

Jacques Galibert, de Poulentines, paye notamment un « droit de champart au quart, donne de censive deux quartes avoine, une géline, une livre cire, plus de surcensive seigle cinq setiers, avoine trois setiers et deux poulets ».
Antoine Mersenac, des Fabres, paye aussi un surcens « sur la censive de six deniers et droit de quart en champart et de surcensive sept sols dix deniers ».
Le « sol sive ayre » appartenant à Pierre Alibert du village de Lescure, est l’objet d’une servitude seigneuriale « la faculté pour le seigneur de dépiquer ses gerbes et de y faire son gerbier ».

Las Parrans ou les terres franches  [6]

Parmi les redevances seigneuriales que payaient les parcelles, la principale était le champart (la part du champ) qui était un pourcentage fixe sur les récoltes, souvent le quart ou le quint, et ce principalement sur les récoltes céréalières.
Il existait des parcelles exonérées de ce droit et qui portaient l’appellation de Parrans. Le cadastre de Montferrand fournit deux parcelles de Parrans totalisant 0,7222 ha soit 0,27 % de la superficie de la seigneurie. Notons qu’elles sont toutes deux cultivées. Cependant, à ce chiffre manque la contenance d’une troisième Parran déclarée en « petit champ » mais dont la contenance n’est pas fournie.
Les possesseurs de ces trois parcelles franches sont les héritiers de Jeanne Calmels, de la Vaisse-Roudier, pour un champ dit la Parran-del-Fraisse de 0,4895 ha et dont aucune censive n’est indiquée, ce qui est surprenant.
Le second tenancier est le prieur de la Vaisse, dont le nom n’est pas indiqué, et qui tient un champ dit la Parran de 0,2327 ha sous le cens d’une chandelle pesant une demi-livre. Redevance qui se partage aussi avec un petit jardin contigu.
Le troisième tenancier est Etienne Desmazes, de Lescure, qui tient une parcelle dont le nom n’est pas indiqué, et pour une superficie de 0,6099 ha soumis au quart « sauf un campet franc » qui ne paye qu’un cens de 10 sols.

Habitats et tenanciers

Il y a en tout 44 contribuables inscrit dans le cadastre dont 32 forains soit 72,72 %. La seigneurie de Montferrand ne comprend que trois villages, à savoir le Malaval où il y a deux contribuables, le Mercier où il n’y en a qu’un, et Lescure où ils sont huit dont deux forains qui possèdent des habitations.
Trois biens sont indivis entre héritiers déclarés comme tels, il s’agit de ceux de Guillaume Blanc, de Lescure ; de Marie Vezins dite « Marie Delmas » de la Vaisse-Roudier ; de Jeanne Calmels, de la Vaisse-Roudier.
Trois biens pourraient être ceux de veuve, il s’agit de Françoise Treilles, de Puech-Lauret ; de Catherine Pouget, de la Vaisse-Roudier ; et de Béatrix Calmes, de Lavernhe.

L’origine des forains montre qu’ils sont presque tous des seigneuries limitrophes : Arques, Etienne-del-Ram, Gaillac, Prévenquières et Vezins. Quelques autres sont du second cercle limitrophe comme des seigneuries de Lavernhe, du Ram et de Varès.

ForainsNSeigneurie de :
Crousets, les1Arques
Fau, le2Arques
Mannap, le1Etienne-del-Ram
Poulentines4Etienne-del-Ram
Puech-Lauret3Etienne-del-Ram
Gaillac1Gaillac
Lavernhe1Lavernhe
Combes, les1Le Ram
Malissart, le1Prévenquières
Prévenquières2Prévenquières
Varès1Varès
Fabres, les1Vezins
Frechrieu1Vezins
Vaisse-Roudier, la7Vezins
Vertalais, le4Vezins
Villefranquette1Vezins
- Total32-

On constate qu’il n’y a aucun lieu habité qui porte le nom de Montferrand, mais nous en parlerons plus avant.

Etats et professions

Les états ou professions sont : 2 « maître », Antoine Ortola, de Prévenquières, et Pierre Teissandier, de Gaillac ; 2 « messire », Antoine Mercenac, des Fabres, qui est bien un prêtre ; et le prieur de la Vaisse dont le patronyme n’est pas donné. Enfin le seul « noble » est Antoine de Prévenquières, seigneur de Montferrand.

Noms et surnoms

Donnons quelques statistiques sur les patronymes qui sont au nombre de 32. En résumé, douze individus porteurs de cinq patronymes seulement représentent 38,70 % de tous les contribuables.
Ainsi trouve-t-on en 5 exemplaires Treilles ; en 4 Joulier et Pouget ; en 2 Calmels (féminisé en Calmelhe), et Desmazes ; en 1 Alibert, Andrieu, Asémard, Bel, Bertrand, Blanc, Bridoire, Calmes, Campmas, Causse, Delpal, Fabre, Fages, Fraissignes, Galibert, Gense, Guitard, Majorel, Mas, Mersenac, Ortola, Prévenquières, Routaboul, Teissandier, Treilles, Valenti, Vezins.
Toutefois, la même étude sur les seuls habitants de la seigneurie donne en 2 exemplaires Joulier, Treilles ; en 1 exemplaire Alibert, Blanc, Demazes, Gense, Guitard, Majorel, Pouget.
Un seul surnom est officialisé pour Antoine Fages, de la Vaisse-Roudier, dit « Causse », mais les confronts nous indiquent que Jean Fabre, du Fau, est surnommé « Lamayo ».

Répartition du territoire

Les comptages que nous avons calculés à partir du parcellaire bâti ou non totalisent 263,5170 ha. Mais les chemins n’étant pas contenancés la véritable contenance est légèrement supérieure. Voyons comment se répartie le territoire seigneurial de Montferrand (Abréviations : CT = contenance totale ; N = nombre ; Alli. = allivrement en deniers) :

RépartitionNCT en ha%Alli.%
Biens roturiers41236,853490,1011780100
Biens nobles326,10749,9000
- Total44263,5170100,0011780100
Biens des forains32144,186672,72561447,65

Que donne la répartition fiscale ? Comme les biens nobles ne payent rien, c’est donc seulement les 90,10 % du territoire qui supportent le poids total de l’allivrement.
On voit que les forains détiennent 144,1866 ha des terres soit 72,72 % de l’ensemble mais qui ne payent que 47,65 % de l’allivrement.

Les biens nobles

Trois contribuables bénéficient d’exonérations partielles ou totales d’allivrement. Il ne peut donc s’agir que biens nobles, même si la chose n’est pas spécifiée. Les trois possesseurs sont Bernard Treilles, du Vertalais ; Jean Demases, de Poulentines ; et le seigneur de Varès, mais partiellement, pour deux des trois articles qu’il tient. Donnons-en la consistance précise :

ContribuablesBiens noblesCT en ha
Jean DesmasesPré de ?0,3840
Barthélémy TreilletTerre et lande dite la Landa1,7494
Barthélémy TreilletTerre et friche Falgairèta12,2992
Antoine de PrévenquièresPré, bois, terre et friche à ?10,9068
Antoine de PrévenquièresPré de la Combarèla0,7680
- Total-26,1074

Sur les 12,9244 ha de tous les biens, nobles ou roturiers, que possède le seigneur de Varès, les nobles représentent 90,33 %. Il lui reste un pré, une terre et bois dite le Truc et Paga pour 1,2496 ha qui sont allivrés 4 sols 10 deniers. Les redevances de ces trois articles sont aussi mentionnées, savoir le cens d’une livre et demie de cire, une quarte seigle et le champart au quart, ce qui prouve que ce sont là des biens roturiers.

Indivis de biens

Trois biens semblent être en indivision et tous appartiennent à des forains. Antoine et François Calmels, de la Vaisse-Roudier, qui doivent être frères, ont une tenure de 5,4935 ha allivrée 210 deniers. Le second indivis est au nom de « Jean Bel ou Pierre Vezins », de la Vaisse-Roudier, qui ont 3,3384 ha allivrés 161 deniers.
Enfin, « Jean Calmels ou Pierre Fabre », du Vertalais dans la seigneurie de Vezins tiennent 14,2166 ha allivrés 629 deniers. Parmi ces biens ils ont une maison-grange au village de Lescure avec basse-cour et patus, et un jardin. Leurs autres biens sont probablement aussi dans la proximité du village.

Superficie des exploitations

Dans la seigneurie de Montferrand la grande propriété est inexistante du fait de la petitesse du mandement. Les deux premières tranches allant de zéro jusqu’à cinq ha rassemblent 27 tenures soit 61,36 % des exploitations. Par ailleurs, les deux plus importantes se partagent 28,24 % du territoire, ce sont celles d’Antoine Gense du Malaval pour plus de 50 ha, et de Jean Treilles du Mercier pour 24 ha.
Se trouve ensuite une série de tenures entre 10 et 16 ha : Jean Pouget à la Vaisse-Roudier (16 ha), deux forains Jean Campmas et Barthélémy Treilles au Vertalais (13 et 14 ha), le seigneur de Varès (12 ha), Jean Joulier au Malaval (12 ha), les forains Jacques Galibert à Poulentines (11 ha) et Béatrix Calmes à Prévenquières (10 ha).

Superficie des exploitationsNForains
de 50 à 60 ha10
de 20 à 3010
de 10 à 2072
de 5 à 1081
de 1 à 5145
moins de 1137
- Total4415

Sur les possessions que les tenanciers de Montferrand peuvent avoir ailleurs dans d’autres seigneuries, nous ne connaissons précisément que le cas du cadastre de Vezins de 1668. Bien que la situation ait pu évoluer depuis 1620, forcément, on aura toutefois une idée sur les propriétés foraines des tenanciers de Montferrand. Six tenanciers, un du Malaval et cinq de Lescure, rassemblent un peu plus de 20 ha de biens non bâtis sur les terres de Vezins en 1668. On trouve les noms de :

Cadastre de Vezins de 1668RésidenceCT en ha
Dambec AntoineLe Malaval6,8325
Desmases AntoineLescure5,8537
JULIEN JeanLescure4,6017
Loubière PierreLescure2,2951
Fabre JeanLescure0,4300
Joulier AntoineLescure0,2880
- Total-20,3010

Le parcellaire non bâti

Le comptage total des articles du cadastre recense 319 parcelles non bâties. Voyons le détail es biens non bâtis qui rassemblent 250 parcelles :

Non bâtisNCT en ha%
Terres10383,16331,55
Terres et friches2482,18431,18
Prés4335,54113,48
Friches et landes4125,67239,74
Bois, terres et friches216,82046,38
Bois et terres ?11,42764,33
Bois122,5840,98
Devois12,40750,91
Chenevières et jardins111,87780,71
Jardins131,52590,57
- Total250263,2035-

Il est difficile d’établir clairement la répartition entre le culte et l’inculte car une trentaine de parcelles constituent un mélange des deux pour plus de 110 ha (bois et terre, terre et friche etc.) soit 41,74 %.
Les parcelles vraiment identifiables comme cultes (jardin, chenevière, terre et pré) sont 170 pour plus de 122 ha soit 46,29 %.
Quant à l’inculte on peut y classer les bois, friche, lande et devois qui sont 54 parcelles pour plus de 30 ha soit 11,38 %.
Les parcelles closes sont souvent spécifiées
dans le cadastre tel ce pré à Falgairèta qui est « tout fermé de muraille ».

Le parcellaire bâti

Les bâtiments et leurs annexes constituant le parcellaire bâti représentent 69 unités pour une contenance de 0,3135 ha dont la nature est : Maisons 12 pour 375 m² ; Etables 5 pour 168 m² ; Basses-cours 15 pour 204 m² ; Fours 1 pour 24 m² ; Fenières (granges) 7 pour 504 m² ; Masures 8 pour 439 m² ; Boutique 1 pour 42 m² ; Sols, aires, patus et fumières 19 pour 1367 m² ; Bûcher 1 pour 12 m².
Le rapport entre le nombre de maisons et celui des résidents de chaque ferme ou hameau est le suivant :

SitesN résidentsN maisons
Lescure88
Malaval, le21
Mercier, le13
- Total1112

Le tenancier Jean Joulier demeurant au Malaval, mais qui n’a pas de maison, réside-t-il dans la masure dont le géomètre précise qu’il s’agit d’un « casal et pattu jadis l’oustal payrual tout tenant ensemble » ou bien son voisin Antoine Gense lui loue-il une bâtisse (l’occitan ostal pairugal = maison paternelle).

Surfaces des bâtiments

Les surfaces des maisons contiennent entre 21 et 90 m2 ; les étables sont de 16 à 64 m² ; les basses-cours de 20 à 136 m² ; les aires, sols ou patus de 4 à 296 m² ; les granges de 27 à 106 m² ; les masures de 24 à 82 m² (une avec jardin de 47 m², et une avec patus de 96 m²).
Guillaume Joulier du village de Lescure doit être forgeron ou maréchal-ferrant car il tient une maison « servant de boutique à forge ».
Une friche et terre appartenant à Françoise Treilles du village de Puech-Lauret porte le nom original de « l’Oustal de Catherine », indique-t-il un ancien lieu habité dont les bâtisses auraient disparu ?

Notre-Dame de la Vaisse

Le cadastre n’indique rien de l’église Notre-Dame de la Vaisse et son cimetière ce qui est alors courant à cette époque [7]. Ces deux parcelles sont limitrophes de la seigneurie de Vezins. S’il n’y a pas d’habitat agricole à la Vaisse en 1620, précisons que soixante-dix ans après, lors du recensement paroissial du 1er novembre 1690, on trouve 2 feux et 8 habitants représentés par les familles Michel et Fabre.

Moulin et réservoir

Le cadastre ne cite qu’un moulin : « un moulin rivière et paisseyrial sur le ruisseau qui dessend del Mercier au moulin de Cezilhe ». Il s’agit là du moulin de Poulentines qui paye un cens de 2 quartes seigle mais qui n’est pas contenancé ni allivré. Cela laisse penser que seul le réservoir prend appuis sur la berge de Montferrand ce qui justifie la redevance indiquée. Par « paissieyral » il faut entendre l’endroit ou se trouve le réservoir du moulin appelé en occitan la paissièra.

La toponymie

Le cadastre fourni une liste de presque une centaine de toponymes dont on peut relever quelques cas.
Une seule mention intéresse l’hydronymie : « le ruisseau del Gazes descendant de Vaisse Roudier al pesquié de Sezilhe (l’occitan pesquièr = étang) ». Cet affluent du Viaur a vu son appellation changée car il est répertorié au XXe siècle sous le nom : « Le Cazalet ou ruisseau de Poulentines (8 km) qui prend sa source au sud du hameau de Vaisse-Rodié, alimente l’étang de Cézille, arrose Saint-Aignan et tombe dans le Viaur au moulin Savy, à 1 km en aval de Ségur » [8]

On trouve une parcelle dite le Bòsc de Monsénh Peire (le Bois de Monsieur Pierre) en face de terre de trois sétérées appartenant à Guillaume Asémard de Lescure. Selon les époques, l’occitan Monsénh signifie « monsieur » ou « messire » et peut concerner un noble ou un religieux.

Relevons aussi le Camp de la Peira Plantada (Champ de la Pierre Plantée) pour une parcelle comprise dans un grand terroir que tient Jean Campmas, du Vertalais ; et une autre au même contribuable « Item une autre terre appellée la Peyre Plantade, confronte avec le viol que conduit de la Vaisse al Bertalais, terre du sieur de Varès, terre de Béatrix Qualme, et avec autre chemin tandant de Lescure à Galhac, contient neuf quartalades trois boisseaux » soit (0,6259 ha). Il s’agit évidemment d’un site ou se trouvent des mégalithes, menhir ou dolmen.

Le Puech de las Forcas (Montagne des Fourches) est cité notamment pour une terre appartenant à Jean Joulier, des Fabres. Il indique le site d’implantation des fourches patibulaires de la seigneurie qui étaient souvent en limite du mandement mais aussi parfois à l’intérieur des terres [9].

Montferrand perdu et retrouvé

Finalement, et c’est là une petite énigme, le cadastre ne mentionne pas de site habité portant le toponyme de Montferrand. Où se trouve donc le chef-lieu seigneurial ? Un Montferrand existe dans la commune de Recoules-Prévenquière, mais il ne peut s’agir du même site [10]. En effet, pourquoi la seigneurie de Montferrand porterait-elle ce nom s’il n’existait pas de lieu-dit dans son propre territoire ?

Par contre, le cadastre fournit une parcelle ainsi décrite : « un pré appellé le Claux de Monferran confrontant avec terres d’Antoine Joulié del Bertalais, pred et terre d’Etienne Dezmazes, pred de Jean Fabre faisant divizion du taillable de Vezins ». En nature de pré et d’une contenance d’une journée et d’un demi-quart (0,4320 ha), cette parcelle appartient à Antoine Guitard du village de Lescure.
L’examen des biens énoncés ne nous renseigne pas tellement car le nom de la parcelle de Desmases n’a pas été enregistré et laissé en blanc. Quant au pré de Jean Fabre, le seul bien qu’il possède dans le cadastre, et donc forcément celui dont il s’agit, s’appelle la « Mayou », mais ses confronts n’indiquent pas le Clôt ! Le seul renseignement positif est que le Clôt de Montferrand est séparé de la limite seigneuriale de Vezins seulement par un pré dit la « Ségonie » appartenant à Joulier.
Le cadastre moderne de la commune de Vezins, réalisé en 1821, n’a pas officialisé ce toponyme dans les états de sections. Si l’on a une vague idée de la situation du Claus de Montferrand, qu’en est-il de Montferrand lui-même ?

Une première réponse est apportée par un géographe du XVIIIe siècle qui mentionne un « Monferran » de manière assez explicite. En effet le sieur Jaillot, publiant sa Carte des Eslections en 1717, situe ce lieu à l’Ouest d’une ligne partant de Vezins à la Vaisse-Roudier et limité entre la frontière des élections et le ruisseau du Viaur. Dans l’autre sens, ce « Monferran » est situé sur une ligne entre Ségur et Saint-Privat, et bien placé dans la partie de l’élection de Rodez.
La déduction logique que l’on tire de cette situation cartographique est que Montferrand n’est autre que le site de la Vaisse ou se situe l’église paroissiale, et qui est ignoré de la carte. À quelle époque le changement toponymique s’est-il effectué, nous l’ignorons.
Un dictionnaire de la fin du XVIIIe siècle indique : « Monferrand, dans le Rouergue, diocèse de Rodez, Parlement de Toulouse, Intendance de Montauban, Election de Rodez, a 212 habitans » [11]. S’il est manifeste que le chiffre de la population est erroné [12], il confirme qu’un Montferrand dépend de l’élection ruthénoise comme le répertorie bien la carte de Jaillot.

Qui dit chef-lieu seigneurial suppose qu’il y est eu un château à Montferrand. C’est encore avec de la documentation du XVIIIe siècle que l’on peut vérifier que la Vaisse est bien le même site que Montferrand.
Un document fiscal du 8 mai 1786 apporte un élément déterminant en ce qui concerne ce château [13]. À cette date, le marquis Antoine de Prévenquières, seigneur de Montferrand et habitant à Varès, signe la déclaration fiscale que lui demande l’administration de la Haute Guienne. Dans celle-ci, il déclare notamment comme lui appartenant son « château es jardin de la Vaysse ne servant que pour l’habitation des domestiques ».
S’il ne reste rien du château de Montferrand à notre époque, les bâtiments ruinés que l’on y trouve furent le siège d’une exploitation agricole qui se créa entre 1620 et 1690 comme nous l’avons vu plus haut.
Une déclaration de la municipalité de Montferrand du 8 janvier 1792, mentionnant la composition de la commune, dénombre Lescure, le Malaval, le Mercier, et « le lieu de la Vaysse où il n’y a que la maison curiale » [14]. Le château aurait-il été détruit entre 1789 et 1792 ?

La seigneurie au XVIIIe siècle

On connaît peu d’archives concernant la seigneurie de Montferrand et il est bon d’utiliser celles dont nous disposons. Parmi les pièces venant du fonds municipal, les Archives départementales de l’Aveyron ne possèdent qu’un rôle de la taille [15].
En 1771, dans la communauté de Montferrand, il n’y a qu’un consul qui est Antoine JULIEN. Le nombre de contribuables (résidents et forains) indiqué par village est le suivant (le premier village n’est pas cité mais ne peut être que le Malaval) : 12 à Malaval, 7 à la Vaisse-Roudier, 3 à Puech-Lauret, 3 au Vertalais, 3 aux Fabres, 1 au Fau, 1 à la Vaisse qui est monsieur de Varès le seigneur, 2 aux Combettes.
La somme du rôle se monte à 325 livres 8 sols 9 deniers, et la mande royale est en trois articles qui totalisent 289 livres 34 sols ; la différence n’étant que le fonctionnement des charges locales.

Selon le même document fiscal de 1786 que nous avons déjà cité, Antoine de Prévenquières fixe le revenu net de sa petite seigneurie de Montferrand à 183 livres 5 sols et 7 deniers et donne des informations que nous allons détailler.
Le revenu de ses droits seigneuriaux consiste d’abord en des censives quérables : 5 setiers 3,5 quartes de seigle ; 4 setiers 3,5 quartes avoine ; 2 livres 8 sols 6 deniers argent ; 6 poulets ; 22 gélines ; le tout évalué pour 60 livres 9 sols et 7 deniers.
Le droit de lods et ventes, sur les mutations de biens, lui rapporte environ 12 livres chaque année. Il ajoute ensuite qu’il lève le droit de champart sur « une étendue de terrain de six cens soixante trois sestérées dont quatre cens trente trois sestérées au quart, plus deux cens trente sestérées au quint ; ny ayant que le tiers qui puisse être labouré de loin en loin ».
Le restant des terres n’étant « que de mauvais pacage sur le haut de la montagne de la Vaisse qui n’est pas deffriché chaque quarante ans ». Lesquels défrichements peuvent fortuitement lui rapporter 14 setiers seigle et 12 setiers de petite avoine, pour une valeur de 111 livres 10 sols annuels.
La sétérée de Montferrand valait 0,2568 hectare et la superficie sur laquelle est levée les champarts au quart ou au quint totalise 170,2584 ha. Sachant que la contenance totale de la seigneurie est de 262,9608, on constate 65 % du territoire est emblavé à la fin du XVIIIe siècle, ce qui est assez remarquable.

Conclusions

Implanté sur les sommets orientaux des Palanges, Montferrand est le chef-lieu d’une petite seigneurie appartenant entre 1620 et 1789 à la famille des Prévenquières qui sont aussi seigneurs de Varès.
Elle tangente à l’orient la grande route du Languedoc à l’Auvergne et, perpendiculairement à cette dernière, elle est traversée par la route allant à Rodez.
De petit ressort, Montferrand a peu de tenanciers répartis en trois habitats et tout aussi peu de revenus.
Ce sont les forains de la périphérie qui monopolisent plus de 72 % des terroirs.
Les biens nobles sont relativement importants puisque atteignant presque 10 % de la seigneurie.
La communauté d’habitants n’a aucun bien propre.
La plus grande exploitation est de 50 ha soit le cinquième de la seigneurie.
La répartition entre le culte et l’inculte est rendue délicate par 41,74 % des parcelles mal classées.
Le culte confirmé représente 46,29 % et les prés presque 13,5 % des terroirs.
Sur 44 tenures, 3 bénéficient de la possession de Parrans, terres franches de champart.
Enfin, l’on peut se demander pourquoi le toponyme de Montferrand a-t-il été supplanté par celui de « la Vaisse ».

Marc VAISSIÈRE


[1La petite seigneurie d’Etienne-del-Ram, située au Nord-Est de l’actuelle commune de Ségur, ne doit pas être confondue avec celle du Ram, commune de Vezins.

[2GUILHAMON Henri, Journal des voyages en haute Guienne, Rodez, 1952, t. 1, p. 339.

[3Le mot de « directité » est employé par Boutaric page iij du chapitre intitulé « Du bail à cens ou à rente » François de BOUTARIC, Traité des droits seigneuriaux et des matières féodales, Toulouse, 1767.

[4BARRAU Hippolyte de, Documents historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du Rouergue, Rodez, 1853, t. 3, p. 76.

[5AD 12 ; C 1113, f° 8. Reconnaissance de la châtellenie de Ségur du 12 avril 1668. Cet itinéraire devait probablement se poursuivre vers Saint-Grégoire et Sévérac-le Château.

[6Voir VAISSIÈRE Marc, « Las parrans, toponymie et redevance », Nouvelle revue d’onomastique, n° 37-38, 2001, pp. 81-108.

[7Signalons qu’à la fin du XVIIIe siècle, la paroisse de la Vaisse était composée de 23 villages ou fermes : la Vaisse, les Albusquiès, les Combettes, Costes, les Donhes-Hautes, les Fabres, le Fau, Fechrieu, la Granolière, la Grifoulette, Lacaze, Lescure, le Malaval, le Malissart, le Mannap, le Maunal, le Mercier, le Moulin des Fabres, Poulentines, Puech-Lauret, la Vaisse-Roudier, le Vertalais, Villefranquette (BOU Jean-Yves, « Pour un atlas des paroisses du diocèse de Rodez à la fin du XVIIIe siècle », Bulletin du Cercle généalogique du Rouergue, n° 27).

[8VIGARIÉ Emile, Esquisse générale du département de l’Aveyron, Rodez, 1927, p. 123.

[9C’est le cas par exemple au lieu-dit Lo Pal, situé à la sortie du village de Saint-Laurent-de-Lévézou, se trouvant non pas en périphérie mais au centre de la seigneurie de Saint-Léons-de-Lévézou, et au croisement de chemins.

[10SOUTOU André, « Traces de Mont-Ferrand, chef-lieu de la viguerie carolingienne de Saint Naamas », Revue du Rouergue, n° 52, 1997, p. 605.

[11SAUGRAIN, Dictionnaire universel de la France, Paris, 1776, col. 642.

[12Pour donner une idée de l’erreur, citons le chiffre du recensement paroissial du 1er novembre 1690 qui donne 2 feux et 8 habitants à la Vaisse ; 8 et 42 à Lescure ; 3 et 14 au Malaval ; 4 et 19 au Mercier. Soit en tout 17 feux et 83 habitants.

[13AD 12 ; C 1600. Déclaration des rentes et biens nobles dans l’élection de Rodez.

[14AD 12 ; 9 L 29. Modification territoriale des communes du dictrict de Sévérac.

[15AD 12 ; 2 E 297-7. Rôle de la taille de 1771 de la communauté de Montferrand.


Commentaires

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La seigneurie de Montferrand en 1620
samedi 22 septembre 2012 à 12h17 - par  Michel Engles

Je me demande ? si l’ origine de la seigneurie ne pourrait pas avoir une filiation avec Amphélise de Montferrand mariée Guillaume de Grimoard le père du pape Urbain V. Elle habitait le bourg de la Canourgue. Mais je n’ ai aucun élement de plus. Simplement je recherche sur les familles de Grimoard, de Mostuejouls...votre article m’ ouvre une éventualité, merci de votre écrit Michel Engles