ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

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Modérateurs : CausseCh, Patrick

patric-boier
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Enregistré le : 28 mai 2018, 22:32

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3456Message patric-boier »

Bonjour à tous !
Je rectifie ce que j'ai écrit le 6 novembre dernier au sujet de l'ascendance de Jean Pierre Hippolyte Boyer :
"Et Jean Pierre Hypolite Boyer descendait probablement, quant à lui, du fils le plus jeune de ce même couple, François Boyer (1780-1840). Je dis probablement car, n'ayant pu trouver trace de son mariage avec Françoise Gayraud ( ?- †Azinières, 17/12/1862), je n’ai pas la preuve que le François Boyer décédé à Azinières le 12 octobre 1840 à un âge évalué à 61 ans soit bien le François Boyer qui y naquit le 24 mars 1780 et qui aurait donc bien été dans sa 61ème année en octobre 1840. Disons qu’il y a une très forte présomption pour qu’il s’agisse du même. Quant à son épouse, je n’ai pas trouvé de quelle famille ni de quel lieu elle est issue."

On peut supprimer le "probablement" car l'acte de mariage des grands-parents paternels de Jean-Pierre Hippolyte Boyer existe bel et bien, même s'il ne figure pas sur les relevés du CGA. Il semble que la saisie des actes de mariage pour la commune de Saint-Beauzély et l'année 1813 comporte deux lacunes dans nos relevés : le mariage Jean-Pierre Calmels - Marie Marquès du 26/10 et le mariage François Boyer - Françoise Gayraud du 12/11. Ce dernier acte est consultable sur le site des AD 12 sous la cote 4 E 221-4 Saint-Beauzély, Castelnau, Castelmus M 1813 vue 32. On y apprend que Françoise Gayraud, la grand-mère paternelle de Jean-Pierre Hippolyte Boyer, est "native du village de Teysseyre, paroisse de Curan, le vingt-sept juin mil sept cent quatre-vingt-six, fille d'Alexandre Gayraud, cultivateur habitant du lieu de St-Laurens, ici présent et consentant, et de fue Marie Raynal décédée audit St-Laurens le onze juillet mil huit cent neuf [...]"

Pourquoi ne trouve-t-on pas le baptême de Françoise Gayraud dans nos relevés ? Tout simplement parce que ce baptême n'existe pas, du moins sous ce nom ; elle a été baptisée par le vicaire de Curan à la date indiquée ci-dessus sous le seul nom de "Françoise, née de père et mère inconnus". (On peut trouver raide que le vicaire, qui n'avait que 630 paroissiens, ait fait semblant de ne pas savoir qui était la mère, mais bon, passons !)
Pourquoi s'appelle-t-elle Gayraud alors, au moment de son mariage en 1813 ? C'est parce que deux ans et demi après ce baptême, le 19 novembre 1788 exactement, à Saint-Laurent-du-Lévézou, un certain Alexandre Gayraud, de Saint-Laurent, épouse une certaine Marie Raynal, de Teysseyre, Curan. Et ils légitiment à ce moment la petite Françoise "née environ le vingt-sept juin mil sept cent quatre-vingt-six".

Voilà au moins un mystère en partie éclairci !
Et si, au vu des actes, un doute peut subsister sur l'ascendance Gayraud, l'acte de mariage de 1813 confirme au moins l'ascendance Boyer.

elisabeth
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Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3480Message elisabeth »

Bonjour à tous

:arrow: Serge Dole du Fil d'Ariane ANOM vient de répondre à ma demande de lecture du "dossier individuel du condamné" :D . Qu'il en soit remercié ainsi que l'association du Fil d'Ariane, leur travail est irremplaçable ! BRAVO :!:

Mais pour notre Hippolyte BOYER notre dossier est malheureusement bien maigre : une chemise à son nom ne contenant qu'une seule feuille un "extrait des minutes du greffe de la cour impériale de MONTPELLIER" reprenant l'arrêt de la cour d'assises du département de l'Aveyron et fournissant le signalement du condamné. Je tiens des copies de meilleure qualité à disposition, mais cela n'apprends rien de nouveau à notre affaire. :(
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Cette étude de cas nous aura quand même permis de découvrir l'histoire officielle, parfois pas très réjouissante pour les autochtones, de la Nouvelle-Calédonie, également celle du bagne, et surtout d'apprendre à utiliser le magnifique site des archives nationales d'Outre-Mer.

A très bientôt pour de nouvelles enquêtes :D

Elisabeth Rouvier Pons

patric-boier
Messages : 8
Enregistré le : 28 mai 2018, 22:32

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3518Message patric-boier »

Bonjour à tous
Au regard de l’administration pénitentiaire, le dossier d’Hippolyte Boyer se ferme sur une date : celle de son évasion. On ne sait rien d’autre, si ce n’est qu’une embarcation a disparu en même temps. En faisant récemment une rapide recherche sur Geneanet, je suis tombé sur une brève relation de son évasion. Ayant contacté l'auteur de ces lignes, celui-ci, féru de l’histoire du bagne de Nouvelle-Calédonie, m’a aimablement communiqué sa source : un article paru en Nouvelle-Zélande dans le « Nelson Evening Mail » à la date du 29 mars 1879, reproduisant, semble-t-il, un article paru en Australie dans le « Brisbane Courier » le 6 mars de la même année. Le fac-simile de cet article se trouve à cette adresse :
https://paperspast.natlib.govt.nz/newsp ... 90329.2.13

On y apprend qu’Hippolyte Boyer n’était pas seul, mais qu’il y avait avec lui dix codétenus. Le bateau « emprunté » n’était pas une simple barquette, mais un voilier, un « cutter », qui servait au transport des forçats et à celui des marchandises. Le récit, à la fois vécu et rocambolesque, vaut une page de l’Ile au Trésor. J’ai tenté la traduction suivante :
Hier matin, le bateau avec les onze évadés de Nouvelle-Calédonie, dont l’arrivée à Moreton Island a été rapportée dans l’édition du Courier d’hier, a été remorqué sur la rivière par le vapeur Boko, qui a accosté au quai de Bright Brothers à neuf heures. Il y avait pas mal de monde sur le quai à ce moment, et une quête au profit [des évadés] fut organisée, qui rapporta 23 shillings. Une fois la somme remise à ces hommes, ceux-ci furent conduits par le sergent-chef Driscoll à la pension Smith où ils prirent le petit-déjeuner, après quoi ils suivirent cet officier au Bureau de police où le Sous-Inspecteur Armit reçut leurs dépositions, ainsi que les informations sur eux-mêmes, telles qu’elles suivent.
(Suit la liste des évadés, leur âge, leur métier, leur ville ou département d’origine, le motif de leur condamnation, la peine à laquelle ils avaient été condamnés, et le temps qu’ils avaient passé en détention ; pour huit d’entre eux, le journal avait également relevé le métier exercé avant la condamnation. Les évadés étaient au nombre de onze, mais la liste ne contient que dix noms. Parmi eux, se trouve bel et bien Hipolite Feniers (?) Boye, 33 ans, natif de l’Avieron, tailleur de pierres.)
L’évasion eut lieu à Taranaba le 15 février, à bord d’un cotre (a man-of-war cutter). Le plan fut élaboré pendant trois mois avant d’être mis à exécution, Claude Emile Charnier (c’est lui l’ancien maître d’école dont il sera question plus bas) et quatre autres en sont à l’origine. Le projet fut d’abord tenu secret entre ces cinq hommes pendant un mois, avant d’être confié aux autres, et pendant les deux mois suivants, ils profitèrent de toutes les occasions pour mettre au point leur évasion. Ces hommes bénéficiant d’une relative liberté de mouvement, du fait de leur bonne conduite en prison, ils mirent cette liberté à profit pour constituer en cachette des réserves de vivres, et pour fabriquer des voiles. A cette fin, ils utilisèrent de vieux hamacs et de vieilles chutes de toile à voile. Deux d’entre eux étant marins, c’est à eux qu’incomba la confection des voiles. Quelque temps avant leur évasion, les hommes avaient décidé qu’ils s’enfuiraient à bord d’un bateau affecté au transport des provisions et des prisonniers. C’est ainsi que, la nuit du 15 février, qu’ils avaient choisie parce qu’elle serait sans lune, les fugitifs prirent la mer aux environs de neuf heures et demie, ils atteignirent la pleine mer au matin.
Le vent n’étant guère favorable, et tous les évadés étant en proie au mal de mer, le bateau resta en vue des côtes un jour et demi, mais si leur évasion ne pouvait avoir échappé aux autorités, la disparition du bateau semble n’avoir pas été remarquée, car il n’y eut aucune tentative pour le récupérer.
Ils disposaient d’une boussole à bord et le maître d’école avait quelques notions de navigation, aussi prit-il le commandement du bateau qu’il dirigea vers l’Australie. Ils se trouvèrent encalminés pendant cinq jours à compter du jeudi suivant leur départ de Nouvelle-Calédonie. Ils croisèrent la route du trois-mâts Helen A. Rawlins, de Kingston, dont le capitaine leur fournit des provisions, biscuits, riz et eau, ainsi qu’un peu de tabac. Après cela, le vent tourna à la tempête, durant laquelle il leur fut difficile de maîtriser le bateau et de le garder à flot. L’eau l’envahissait sans arrêt et les provisions périrent. Deux nouvelles journées de calme succédèrent à la tempête, après quoi, ils bénéficièrent d’une brise favorable, qui dura jusqu’à ce qu’ils parviennent au Cap Moreton.
Un dossier se ferme, mais ce n’est pas pour autant une fin …
Patrick Boyer
Modifié en dernier par patric-boier le 04 janv. 2022, 16:54, modifié 1 fois.

elisabeth
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Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3519Message elisabeth »

Bravo Patrick :!:
Je souhaite que ce soit le signe d'une année 2022 fructueuse pour tous pour les recherches !
Passionnant vos résultats. Comme quoi il ne faut jamais jeter l'éponge et rester à l'affût :D
Notre bagnard nous ouvre une nouvelle perspective.
Vous allez peut-être pouvoir trouver des cousins australiens, le nom a peut-être été conservé là-bas !

Bonnes recherches et encore Bravo Patrick !

PS : à lire "La grande évasion au temps du bagne de Nouvelle-Calédonie" une autre évasion en 1880, celle de déportés politiques.
L'évasion de nos bagnards en 1879 a fait école !
http://www.editions-humanis.com/_979-10-219-0324-1.php
Oups ... après lecture rapide c'est plutôt cette évasion qui a été source d'espoir pour nos bagnards. La fameuse évasion de Nouméa des cinq déportés de la commune date du 20 mars 1874 ! Ils auront mis 7 jours pour atteindre l'Australie. 1880 est l'année de leur amnistie. Ils reviendront rapidement en France où ils témoigneront de leur séjour en Nouvelle-Calédonie

Voir aussi sur ce lien, ce chercheur ne nous donne pas beaucoup d'espoir pour nos évadés ...
https://www.herodote.net/Du_bagne_de_No ... e-2423.php

elisabeth
Messages : 214
Enregistré le : 11 janv. 2008, 20:40

Re: ST BEAUZELY Hyppolite BOYER né en 1845

Message : # 3521Message elisabeth »

.
En continuant à chercher des témoignages sur internet, voilà que je tombe sur une pépite ! :!:

Il s'agit d'un livre en "open édition" :
Pierre-Henri Zaidman, « Les condamnés de Nouvelle-Calédonie en Australie et en Nouvelle-Zélande », Criminocorpus [En línea], Los presidios coloniales, Articles, Publicado el 01 enero 2010, consultado el 18 enero 2022. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/176

Très documenté et offrant de nombreuses références, et paragraphe 60 une mention de nos évadés ! :D

Ils semblent qu'ils ont pu bénéficier d'un vide, juridique et/ou dû à une absence de décideur : ils n'ont pas été extradés à leur arrivée. Notre Boyer semble bien faire partie de ceux qui ont été dirigés vers la Nouvelle-Galles-du-Sud !

« Le 8 mars 1879, onze condamnés qualifiés de « voleurs et d’assassins » échappés de Terabana le 15 février arrivent à Brisbane au Queensland et ne peuvent être arrêtés en raison de l’absence du consul. D’après le rapport de l’inspecteur Armit, quatre ont fini leur peine pour crimes, un a refusé de dévoiler sa condamnation et les six autres ont indiqué avoir été condamnés pour vol et violence. Six partent alors pour la Nouvelle-Galles-du-Sud dont François Colonna, « an escaped criminal », qui tente d’ouvrir une boutique de coiffeur et de perruquier avec le produit de ses vols et dont le consul demande l’extradition. Un débat juridique s’engage alors entre les Australiens et les Français sur l’interprétation de l’article 16 du traité pour déterminer qui avait le pouvoir entre le consul ou le gouverneur de Nouvelle-Calédonie pour demander l’extradition. »

J'ai lu peut-être un peu rapidement mais je n'ai pas trouvé le nom de Boyer dans les listes qui sont fournies en annexes.

Bonnes recherches
Elisabeth Rouvier Pons

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