Le deuxième week-end de septembre 2025 auront lieu à Alrance les journées généalogiques de l’Aveyron. A cette occasion paraîtra notre livre sur cette commune (Alrance, des femmes... des hommes... et leurs racines...). A côté de chapitres évoquant des éléments historiques, des généalogies, des personnalités, le patrimoine, nous présenterons également les hameaux qui composent cette commune. Florian CANAC (que nous remercions) a écrit pour nous un article sur le hameau de Bonneguide (paroisse de La Capelle-Farcel) dont vous trouverez des extraits dans notre livre et que nous vous proposons ici dans son intégralité.
Bonneguide
Histoire d’un hameau en Rouergue
A l’exception de quelques lieux créés de toutes pièces par décision royale et dont un écrit institue à une date fixe sa création ; il demeure toujours fort difficile de fixer, même approximativement, une date à l’installation d’hommes et de femmes sur un territoire. Le hameau de Bonneguide n’échappe pas à la règle. Pourquoi des hommes et des femmes sont-ils venus s’installer au pied des monts du Lagast ? Certains documents, même s’ils demeurent incomplets, peuvent toutefois nous apporter quelques précisions. Et quel sens donner à ce nom : Bonneguide. Les hameaux font souvent référence à des particularités géographiques : les « Puech » sont légion par exemple, ou à l’utilité du lieu : « Le Couderc » désignait une terre inculte à proximité d’une ferme ou une terre commune et partagée par les habitants. Pour Bonneguide, aucune référence à un terme agricole, occitan, à la géographie, ni vraisemblablement à une famille puisque ce terme ne donnera pas par la suite de patronyme.
Toponymie de Bonneguide
Le Cartulaire de La Selve nous donne quelques indications intéressantes sur l’ancienneté d’occupation des lieux. Dans un premier temps, il nous permet d’identifier que le lieu est habité depuis au moins le Bas Moyen-âge. Dans ce texte est cité à plusieurs reprises Sicart de Banoida (Bannoida ou Banoyda).
Ourliac et Magnou, s’appuyant sur les indications géographiques du texte et sur la carte de Cassini, identifie Banoida comme étant Bonneguide. Ils rappellent également les écrits de De Barrau et précisent que « Bonneguide, situé sur une des chaînes du Lagast, aurait appartenu, au XIle siècle, à la famille de Sicard de Bonneguide et de Raimon Celamontana, son frère, cités en 1171 dans les actes de Bonnecombe (d’après H. de BARRAU, t. 1, p. 459). » [1]
Les deux historiens ajoutent qu’en 1206 : « Ricart, frère du comte de Rodez et seigneur de Salmiech, se donne à la maison de la Selve et lui apporte, pour l’alleu et pour toute autre seigneurie, avec tous les hommes qui y sont ou y seront, cinq mas et deux « apendarias » limités par les ruisseaux de Sérieysses et de Bonneguide et le mas de Puech-Grimal. » [2]
Chambon précise dans ses écrits sur les noms de lieu que le village de Bonneguide est cité dans la déclaration des possessions de l’abbaye de Bonnecombe en 1522. Le hameau dépendait alors de la grange de Moncan possession des moines. Pour lui, le nom primitif de Bannoida, aidé par l’évolution de langue et de la transformation des a en o placé devant une syllabe accentuée, serait alors devenu Boneyde (Bonaide sur la carte de Cassini) pour arriver à l’appellation de Bonneguide. [3] D’après Chambon, il faudrait alors y chercher une influence des moines. Bonneguide devenant le « Bon Lieu » ou la « Bonne direction » comme le rappelle l’ouvrage Al Canton du Conseil Général de l’Aveyron en 1997. [4] Pourtant en 1731, l’acte de naissance de Jean Cadars parle encore du village de « Bonnaïde » . [5] En 1789 la naissance de François Creissels est notée « du village de Bonaide » [6] alors que son décès en 1795 sera noté à « Bonaguide ». [7]
Si l’on remonte un peu dans le registre paroissial, on s’aperçoit qu’en janvier 1698 puis en mai 1699, le prieur Boyer de La Capelle-Farcel note le baptême de Marie Grimal de Bonneyde. [8] Il notait pourtant en 1686 Barthélémy Alibert de « Bonneguide » comme parrain de André Alibert. [9] Il utilise déjà ce terme en 1680, lors du décès de Jean Nespoulous, le 27 février 1680. [10]
Boyer peut même utiliser les deux termes dans le même acte. Ainsi à l’occasion du baptême de Pierre Vigouroux qui semble de la ligné des Grimal de Bonneguide, le prêtre note ses père et mère du « village de Bonneguide » et précise que Pierre est né « le 21e au dit Bonneyde » [11]
Dans son répertoire des actes notariés de 1649 à 1660, le notaire de Durenque Jordain note une « Rattification contenant aussi subrogation faicte par Pierre BOSQUET à Alibert de Boneyde » et il semble utiliser ce terme au moins jusqu’à la fin du siècle. [12] Le notaire Grimal qui lui succèdera parle quant à lui de « Bonnaguide » dans son répertoire allant de 1708 à 1712 lorsqu’il rédige une quittance de Rudelle à Grimal en faveur de Rudelle. [13]
En 1689, le notaire Delmont de Cassagnes-Bégonhès, enregistre une reconnaissance dotale faite par Pierre Almeyrac à Jean Grimal. Il fait alors résider ce dernier à « Bonneguide », [14] même chose en 1691, lors d’une vente de foin faite par Laurens Salecroup de Bonneguide à Pierre Long de Ginestous. [15]
Dans ses minutes notariales de 1708 à 1712, le notaire Grimal de Durenque rédige à plusieurs reprises des actes de personnes résidant à « Bonnaguide ». [16]
Pourtant, en 1716, le prieur Palous note « Bonaide »18 et il en va de même pour le prieur Recoules en 1724. [17]
En affinant un peu tout au long du XVIIIe, l’on s’aperçoit que sur le même registre, le curé Cabrol baptise, le 14 juillet 1789, Françoise Cadars du village de Bonaïde . [18] En 1790, sur l’acte de sépulture de Pierre Jean Alibert le 17 novembre 1790, le vicaire Carrié note « de Bonneguide ». [19] Lorsque le curé Cabrol reprend la plume le 23 décembre 1790 pour la sépulture de Marianne Alibert ; il note à ce moment-là « Bonaide ». [20] Il utilisera toujours ce nom de « Bonaide » en 1795 à l’occasion du baptême de Jeane Alibert [21]
Le vicaire Boissonade note « Bonnaguide » le 28 mars 1787 pour la sépulture de Grégoire Vayssiere. [22]
Le vicaire Cayron écrit « Bonnaguide » pour le décès de Pierre Cadars le 9 mars 1780. [23]
En 1799, le prêtre Marty note la naissance de Jeane Carcenac à « Boneguide » puis une marraine Marianne Pages de « Bone Guide » . [24] A quelques jours d’intervalle, sur le registre d’état-civil tenu par les premières autorités municipales, Jean Antoine Boulouis note les décès de Jean Craissels et Marie Cadars respectivement à « Boneguide » et « Bonneguide ». [25]
Le raisonnement de Chambon peut interroger car l’appellation de Bonneguide ne semble pas coïncider avec la période où l’influence des moines de Bonnecombe devait être la plus forte.
Le nom de Bonaide semble donc progressivement passer à Bonneguide au cours du XVIIIe siècle (même s’il est déjà utilisé au XVIIe par le curé Boyer et le notaire Delmont). A la fin du XVIIIe, il est intéressant de relever, la persistance du curé Cabrol, chef spirituel et administratif de la paroisse de poursuivre l’utilisation du nom « Bonaide » alors que les vicaires qui étaient pourtant subordonnés au curé, souvent plus jeunes que lui, on recourt à un nom modifié annonçant le nom actuel.
Extrait de la carte de Cassini du XVIIIe [26]
A SUIVRE ...



